Mais Mirza Mohamed ne désespérait pas de vaincre—avec du temps et de la patience—ces ennemis redoutables. Malgré les dangers de la guerre, il trouvait quelques instants pour se livrer aux plaisirs de la chasse et aux fêtes de son palais. Ce n'est pas qu'il prît grand plaisir à toutes ces distractions, mais elles convenaient à son rang. Du reste, les seules passions qui pussent l'émouvoir étaient l'ambition, l'avarice et la vengeance.
Aucun des despotes de l'Asie n'offre réellement dans l'histoire un caractère plus bizarre que celui de Mirza Mohamed Khan. Dès son plus jeune âge, il avait conçu des plans ambitieux accomplis par lui à force de persévérance, en joignant l'artifice à la bravoure, jusqu'à ce qu'il eût dompté tous ses rivaux et saisi d'une main ferme le sceptre de la Perse.
Mirza Mohamed, une fois sur le trône, sut affermir sa domination par le choix habile de ses ministres et de ses généraux. Il parvint à conserver son ascendant sur ses soldats, non-seulement par le charme et la terreur de la puissance souveraine, mais encore par son courage et son mépris de la mollesse.
Despote et tyran dans son palais, il n'était plus que le premier de ses soldats dans le camp, mangeant le même pain qu'eux, partageant toutes leurs fatigues, montrant une sobriété telle qu'il n'avait jamais violé la loi du prophète contre l'usage du vin. Le shah était si dur envers lui-même qu'il avait acquis le droit d'être sévère envers les autres jusqu'à la cruauté.
A l'âge de soixante-trois ans, Mirza Mohamed Khan était si mince de corps que, de loin, on l'eût pris pour un jeune homme de quatorze à quinze ans. Mais son visage imberbe et ridé ressemblait plutôt à celui d'une vieille qu'à celui d'un vieillard.
Comprenant lui-même combien il était laid, il ne pouvait souffrir qu'aucun homme le regardât en face; il forçait ses plus braves gardes à détourner la tête ou à baisser la vue chaque fois qu'il passait auprès d'eux.
Le supplice auquel il condamnait le plus volontiers ses ennemis était celui du pal, horrible holocauste qui consistait et consiste encore, dans la Perse et dans quelques pays de l'Orient, à embrocher les condamnés comme des poulets, en ayant soin de coudre le corps sans atteindre les parties vitales. L'infortuné patient était ensuite exposé à l'ardeur du soleil et aux piqûres des mouches, car on lui enduisait le visage de miel ou de sucre. Bien souvent il ne mourait que six à douze heures après avoir été empalé.
Une autre supplice favori de Mirza Mohamed était de faire crever les yeux à ses ennemis; témoin les sept mille aveugles de Veruran, dont quelques-uns sont encore, de nos jours, les monuments vivants de sa barbarie inexorable.
Un matin, au lever de ce souverain despote, on venait de prendre ses derniers ordres pour une grande chasse qui devait avoir lieu le jour même.
Près du shah se tenait son vizir Hadji-Ibrahim, qui passe encore en Perse pour le modèle des politiques profonds et cependant humains. Cet homme intègre se retira après avoir parlé à son souverain d'affaires plus importantes que la chasse dont il allait s'occuper.