A Ibrahim succéda un être difforme qui jouissait de la faveur la plus intime de Mirza Mohamed. C'était un bossu, nommé Gougon, qui remplissait les fonctions de fou de la cour.
Vint ensuite le neveu du shah, jeune homme d'une beauté remarquable, qu'on nommait Fatteh-Ali et qui était désigné comme le successeur au trône de Perse.
Mirza Mohamed aimait ce jeune homme autant qu'un despote aime son héritier. D'autre part, comme il n'avait pas le coeur assez froid pour être tout à fait incapable d'affection, le shah chérissait surtout sa nièce, la belle Amina, soeur de Fatteh-Ali.
Il s'occupa d'abord d'elle et c'est en sa compagnie qu'il avait l'intention d'aller se reposer lorsque la chasse serait terminée.
—Fatteh-Ali, dit Mirza Mohamed à son neveu, j'ai ordonné qu'on portât les tentes du harem près de Fironza-Bad; c'est en cet endroit que la chasse sera terminée et que ma nièce nous attendra ce soir. Partons!
Sur ces paroles le shah se mit en route avec son équipage et son cortège. On parcourut un long espace de chemin et l'on pénétra enfin dans les gorges des montagnes de Memzaderan, dont les cimes sont les plus élevées de toute la Perse, et dont les roches noires et tailladées de toutes les formes semblent défendre aux hommes d'approcher.
Tout à coup un cri aigu se fit entendre, qui fut répété de différents points dans l'intérieur des gorges du Memzaderan.
—Gour Khur! Gour Khur! (L'âne sauvage!) Et en effet on aperçut deux ou trois de ces animaux qui paissaient tranquillement au fond d'un ravin, sans faire en apparence aucune attention aux ennemis dont ils étaient entourés.
Le chef de la chasse était accouru, hors d'haleine, près de son souverain, en oubliant quelque peu l'étiquette, pour l'informer de la découverte de ces quadrupèdes. Il venait aussi le guider vers l'endroit où l'on devait pousser les ânes, afin de se servir contre eux des divers relais de chiens postés dans les montagnes, sans lesquels on eût espéré inutilement lasser l'énergique activité de ces animaux indomptables.
Le shah se laissa diriger sans perdre une minute.