Son grand veneur, avec une adresse patiente, parvint à tourner les ânes sauvages du côté du vent; et quand il se trouva à deux cents mètres d'eux, il lâcha deux des plus forts et des plus agiles lévriers qu'il tenait en laisse.
A peine les ânes eurent-ils entendu le bruit de la chasse qu'ils dressèrent les oreilles, la crinière qui ornait leur cou se hérissa, et, comme pour essayer leur souplesse, ils bondirent à quelques pas plus loin, puis s'arrêtèrent, partirent de nouveau, s'arrêtèrent encore, et enfin firent face aux chiens et, par une espèce de défi, les laissèrent approcher à quelques pas.
A ce moment, ils s'élancèrent tout à coup et disparurent avec une inimaginable rapidité.
Ayant mis entre eux et la chasse une distance considérable, les Gour Khur semblèrent défier ceux qui les poursuivaient: on les vit s'arrêter et même brouter l'herbe; puis ils recommencèrent à fuir, toujours avec le même succès.
Ce fut alors qu'on put remarquer l'intrépidité bien connue des cavaliers persans. Aucune colline, quelque escarpée qu'elle fût, aucune descente, malgré sa rapidité, ne pouvaient les arrêter. Ils poussaient leurs chevaux par-dessus tous les obstacles et tenaient pied aux chiens avec une incroyable assurance.
Parmi les plus avancés, on distinguait le shah lui-même, l'oeil ardent, brandissant d'une main son fusil géorgien et guidant de l'autre son coursier avec une adresse sans égale et une vivacité digne d'un chef des montagnes.
Après le shah venait le jeune prince, son neveu, insouciant de tout danger, ne pensant qu'à être le premier à l'hallali et fort triste de ne pouvoir précéder son oncle. Lui aussi avait pris son fusil entre les mains, car les ânes sauvages ayant gravi les sommets de la montagne, il avait plus de chance de les atteindre avec une arme à feu qu'avec un javelot.
Déjà les ânes avaient été chassés par deux relais sans donner encore un signe de lassitude. Ils avaient amenés les chiens au faîte des pics les plus escarpés, où trois ou quatre chasseurs seulement osaient les suivre; les autres restaient en arrière et cherchaient à tourner les ravins et les rochers. Mais le lieu de la scène était si bien disposé que ce spectacle pouvait être aperçu de tous.
La chasse semblait enfin suspendue lorsqu'on vit un de ces infatigables quadrupèdes se poser sur l'extrême bord d'un rocher qui se découpait en triangle sur l'azur du ciel.
En ce moment, un coup de feu retentit; l'animal n'avait pas été atteint. Une seconde après éclata un autre coup, et cette fois l'animal puni de son orgueil, bondit de roc en roc et vint rouler presque aux pieds du shah lui-même.