Amina courut se jeter aux pieds du cruel tyran, qui refusa de la recevoir, et s'enferma au fond le plus retiré de ses appartements.

Le chiaoux avait été prévenu: ce bourreau de la Perse devait s'occuper des préparatifs du supplice. Une longue et solide tige de fer, semblable à un paratonnerre, fut apportée par ses soins sur le lieu désigné du supplice, et il dressa une sorte de barrière tout autour de l'échafaud pour empêcher la populace de s'approcher trop près du pal.

Dès que l'aube parut, le pauvre Fatteh-Ali, qui n'avait pu fermer les yeux, fut extrait de la cellule qu'il avait occupée dans la prison de Téhéran, et amené par une garde imposante sur le lieu où il devait être sacrifié.

—Grâce! grâce! criait-il le long de la route.

Mais plus il implorait la pitié, plus ceux qui l'écoutaient se refusaient à lui montrer la moindre compassion. Ces courtisans abjects craignaient que l'on suspectât même leur pensée, tant ils redoutaient d'être désagréables au sublime shah.

Fatteh-Ali se résigna à mourir.

—Tue-moi promptement, dit-il à l'oreille du chiaoux.

Mais celui-ci avait des ordres. Il faut, comme nous l'avons dit, quand le bourreau persan empale un condamné à mort, qu'aucune des parties vitales ne soit lésée par l'introduction du fer dans le corps. Or, il est de l'habileté du bourreau d'embrocher le patient par le côté du ventre et de faire pénétrer la broche épouvantable dans la poitrine, sans qu'elle touche au coeur et aux poumons, et il faut que la broche ressorte par le cou sur l'un des côtés de l'épine dorsale. Il est peu de chiaoux qui aient assez d'habileté pour arriver à un résultat pareil: celui qui remplissait ces fonctions sous le règne du grand shah Mirza Mohamed passait pour très-adroit.

Nous renonçons à raconter de quelle horrible façon fut accomplie l'exécution inhumaine de Fatteh-Ali.

Tout d'un coup la foule put voir l'infortuné redressé, la tête en l'air; ses cris n'avaient pas cessé depuis le commencement du supplice. Pour comble de raffinement de cruauté, le visage de Fatteh-Ali fut badigeonné de miel, et il demeura exposé toute la journée, par une chaleur torréfiante, aux incessantes piqûres des mouches qui lui dévoraient les joues, la bouche, les yeux, le nez et les oreilles.