La nuit vint, et la foule, qui avait peu à peu déserté le lieu de l'exécution, se retira dans ses maisons respectives.
Il ne resta plus, au pied de l'échafaud, qu'un soldat chargé de veiller sur le martyr, dont la voix s'éteignait peu à peu, mais que la vie n'avait pas encore abandonné.
A un moment donné, le soldat s'endormit, et l'on eût pu voir émerger d'une des portes du palais une femme qui s'avança à pas légers du côté de l'endroit où Fatteh-Ali agonisait.
Quand elle fut près de l'échafaud, elle se précipita sur le moribond et lui planta hardiment un poignard dans le coeur.
—Merci, Amina! avait murmuré Fatteh-Ali au moment où celle-ci levait le couteau.
—A mon tour! s'écria la jeune fille qui se frappa en pleine poitrine et tomba morte sur les planches aux pieds de son frère. Le soldat n'avait rien vu et n'avait par conséquent rien pu empêcher.
Mirza Mohamed le despote se repentit—trop tard, hélas!—d'avoir été aussi cruel. Mais le misérable shah n'avait pas d'entrailles, et il oublia vite, au milieu des plaisirs, son neveu et sa nièce. L'ambition avait atrophié le coeur de ce tyran.
Les Gauchos.
TYPES ET MOEURS DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE
Partis avant le jour de Buenos-Ayres, nous naviguions depuis quinze à seize heures entre les rives monotones du Parana. Seuls, jusqu'alors, de nombreux oiseaux aquatiques, hérons, cigognes, ibis perchés les pieds dans l'eau sur les bords du fleuve, et s'enlevant à notre approche et quelques troupeaux de boeufs et de chevaux entrevus au loin avaient animé le paysage. La nuit tombait, et ses ombres commençantes, estompant les rivages maigrement boisés, augmentaient encore l'impression de mélancolie causée par cette nature déserte et désolée, quand, à notre droite, on signala une habitation devant laquelle quelques êtres humains étaient groupés.