Les habitants du Chili sont de race espagnole. Jusqu'au règne de Napoléon 1er, ils étaient restés soumis à la métropole peninsulaire; mais pendant la guerre que le roi Ferdinand eut à soutenir contre les généraux de l'armée de l'empereur, ils pensèrent avec raison que le moment était venu pour eux de s'affranchir et de se déclarer indépendants.
En 1818 seulement, le général Saint-Martin—qui guerroyait depuis neuf ans contre les troupes espagnoles—parvint à les battre définitivement dans la plaine de Muyro, et peu de temps après le Chili ne comptait plus parmi les colonies de «toutes les Espagnes».
C'est depuis 1832 environ que le Chili a joui de la paix et de la tranquillité indispensables à la prospérité d'une nation.
Les calamités causées par de longues perturbations civiles, les désastres produits par de terribles inondations et par des tremblements de terre ont, jusqu'à présent, retardé l'essor de la nouvelle République du Chili; mais, à cette heure, les rouages du gouvernement marchent avec ensemble, et l'avenir est à cette contrée équatoriale qui ne demande qu'à se civiliser.
Il y a loin de notre époque à celle où le compagnon de Pizarro—don Diego d'Almagro—parvint à soumettre ce pays à la domination espagnole en 1580, sous le règne de Charles-Quint. Ce grand territoire, qui est de 21,000 lieues carrées, touche, au midi, à la terre des Patagons; à l'est, au Paraguay; au nord, à la Bolivie, et à l'ouest, à la mer Pacifique.
Au centre des Cordilières se dresse le Chimboraço, qui forme le point culminant du globe, et qui est entouré de vingt-six autres volcans en pleine activité, couverts de neiges éternelles qui touchent aux nuages recouverts d'une végétation aussi vigoureuse que variée. Il n'est pas de pays au monde où la terre soit plus féconde et où les plantes, les arbres et les fleurs de l'Europe se propagent avec autant de rapidité.
De nombreux torrents arrosent le territoire chilien: alimentés par les neiges des Andes, ils descendent rapidement des hauteurs et courent tous, en suivant une même direction, de l'est à l'ouest, pour se précipiter dans l'océan Pacifique.
C'est pour voyager et se rendre d'un point à un autre que les habitants ont inventé les ponts suspendus de lianes, et les bacs aériens, qui se promènent au-dessus des précipices et des torrents et roulent sur une poulie, d'un coté à un autre.
Les fermiers chiliens surtout emploient ce mode de passage et ont multiplié les cordes et les lianes sur tous leurs défrichements. Nul n'est plus ingénieux que les colons du Chili; ils sont hardis, courageux et laborieux à l'excès.
L'agriculture pratiquée par eux est, dans ses procédés, d'une simplicité primitive. Lorsque ces bons hacienderos—dont les domaines ne sont généralement limités que par des frontières vaguement établies—veulent livrer un champ à la culture—ils commencent par mettre le feu aux arbres et aux bruyères qui en couvrent la surface; puis ils façonnent des charrues avec deux branches d'arbre dont l'une fait l'office de soc, tandis que l'autre sert de manche. Ils remuent ensuite superficiellement le sol, y sèment le grain, le hersent avec un fagot d'épines qu'ils promènent à l'aide d'une corde, et le champ ne les revoit plus qu'au moment de la récolte. Dès que la moisson est mûre, on coupe les épis et on les étend sur la terre durcie. Puis on les fait fouler aux pieds par une troupe de chevaux et de juments qu'on lance au galop et qui sont maintenus par de grandes courroies. Lorsque le blé est décortiqué, on l'ensache dans des peaux de boeuf cousues en forme de sac, que l'on transporte à la ferme, après avoir payé au curé—le padre—la dîme qui lui est due par l'usage.