En se couchant sur la pierre, il entendit une sorte de cliquetis: et quel ne fut pas son étonnement en touchant deux oiseaux vivants qui cherchaient à le mordre!
A l'aide de son briquet, Domingo Senas éclaira la grotte, et il aperçut deux jeunes vautours, de l'énorme espèce urubu, qui cherchaient à se défendre contre l'invasion d'un ennemi aussi dangereux pour eux que peut l'être un homme.
Domingo Senas n'en fit ni une ni deux. Il tordit le cou à ces deux oiseaux et les jeta hors du trou, au fond du canon.
Puis, ramenant en un seul tas, sur le bord de la grotte, tous les débris du nid des urubus, il alluma un grand feu pour dissiper l'humidité de la grotte et en même temps—comme c'est la croyance dans l'Amérique du Sud—pour éloigner les éclats de tonnerre, car les Chiliens sont persuadés que la flamme n'attire point l'électricité.
La fumée sortait en grande colonne hors de la grotte, le long de la paroi de la montagne, lorsque tout à coup deux énormes oiseaux vinrent passer et repasser devant l'orifice, cherchant à pénétrer dans l'intérieur du rocher, mais ne pouvant y parvenir en égard à la flamme qui eût brûlé leurs ailes.
Domingo Senas comprit que c'étaient les urubus qui venaient défendre leurs petits, mais ils n'étaient pas à craindre pour lui. Couché à plat ventre dans le fond de la grotte, il savait être parfaitement défendu et protégé.
Tout à coup, au milieu de l'orage qui s'était déchaîné dans tout le canon, il entendit des cris perçants, poussés par les oiseaux de proie. Les deux urubus avaient retrouvé leurs nourrissons au fond de la vallée où ils avaient roulé après avoir été tués par Domingo Senas.
La tourmente ne fut pas de très-longue durée: une heure après avoir éclaté, le soleil se montrait brillant et radieux au milieu d'un ciel azuré.
Le boucher chilien se dit qu'il était temps de se remettre en route. On eût pu le voir, quelques moments après cette décision sortir de la grotte, suivre la corniche étroite et dangereuse qui ramenait sur l'arête de la montagne, et redescendre de l'autre côté de ce pic élevé, pour suivre la route qui aboutissait à l'hacienda où il comptait arriver avant la nuit.
Il descendit avec précaution la déclivité de la montagne, et rien ne vit entraver sa marche jusqu'au moment où il parvint sur les bords d'un torrent qui, gonflé par les eaux pluviales, lui barrait complètement le passage.