—J’avais bien entendu dire, mon cher Pepe, que tu venais de ce côté; mais je ne croyais pas non plus te rencontrer dans l’horrible, dans la sauvage Orbajosa.
—Quel heureux hasard!... car ce hasard est, en effet, très heureux et presque providentiel!... Pinzon, nous allons à nous deux réaliser dans cet horrible trou de grandes choses.
—Et nous aurons le temps de les bien méditer—répondit l’autre en s’asseyant sur le lit dans lequel l’ingénieur était couché—puisque, à ce qu’il paraît, nous allons, toi et moi, vivre ensemble dans cette pièce. Quelle diable de maison est-ce donc que celle-ci?
—Malheureux, c’est celle de ma tante. Parles-en avec un peu plus de respect. Tu ne connais pas ma tante?... Mais je vais me lever.
—Je m’en réjouis parce qu’ainsi je pourrai me coucher; et je t’assure que j’en ai passablement besoin... Quel chemin, mon cher Pepe, quel chemin et quelle population!
—Dis-moi, venez-vous mettre le feu à Orbajosa?
—Le feu!
—Je le demande parce que je vous aiderais peut-être.
—Quelles gens! mon Dieu, quelles gens!—s’écria le militaire en ôtant son schako et se débarrassant de son épée, de son baudrier, de son sac de voyage et de sa capote.
—C’est la deuxième fois qu’on nous envoie ici. Je te jure qu’à la troisième je demande mon licenciement.