—Pour ce qui est des guerillas—dit doña Perfecta quand ils eurent achevé de boire—je n’ai qu’un conseil à te donner: fais ce que te dicte ta conscience.

—Je n’entends rien aux dictées—répondit le Centaure. Je ferai ce qu’il plaira à la señora que je fasse.

—Mais je ne te conseillerai rien dans une aussi grave affaire—répondit-elle avec la circonspection et la modestie qui lui seyaient si bien.—C’est très grave, excessivement grave:... je ne peux rien te conseiller.

—Mais votre avis?...

—Mon avis est que tu ouvres les yeux et que tu voies, que tu ouvres les oreilles et que tu entendes... Consulte ton cœur... je t’accorde que tu as un grand cœur... Consulte ce juge, ce conseiller qui en sait si long, et fais ce qu’il te commandera.

Caballuco médita: il pensa tout ce que peut penser un glaive.

—Nous nous sommes comptés hier à Naharilla Alta—dit Vejarruco—et nous nous sommes trouvés treize, capables de tenter n’importe quelle aventure... Mais comme nous craignions que la señora ne se fâchât, nous n’avons rien fait. Il est déjà temps de tondre les moutons.

—Ne te préoccupe pas de la tonte—dit la señora.—Il y a encore du temps. Et cela ne l’empêchera pas de se faire.

—Mes deux garçons se sont disputés hier—dit à son tour le tio Licurgo—parce que l’un voulait aller rejoindre Francisco Acero, et que l’autre ne voulait pas. Je leur ai dit: «Patience, mes enfants, tout s’arrangera. Ne vous pressez pas; on fait ici d’aussi bon pain qu’en France.»

—Roque Pelomalo me dit hier soir—raconta de son côté le tio Pasolargo—que si le Sr. Ramos l’ordonnait, ils seraient tous ce matin sous les armes. Quel dommage que les deux frères Burguillos soient allés labourer les terres de Lugarnoble!..