Tous les assistants contemplèrent la table qu’il venait de casser en deux.
Puis, ils reportèrent leurs regards sur l’émule de Reinaldos, c’est-à-dire sur Caballuco, qu’il leur semblait ne pouvoir jamais assez admirer... Indubitablement, il y avait dans sa large figure, dans ses yeux verts éclairés d’étranges reflets fauves, dans sa noire chevelure, dans son corps herculéen, une certaine expression, un certain air de grandeur, une sorte de reflet ou plutôt un souvenir des grandes races qui établirent leur domination sur le monde. Mais son aspect général révélait une déplorable dégénération, et ce n’était pas sans peine qu’on parvenait à retrouver dans la brutalité actuelle l’héroïque noblesse d’autrefois. Il ressemblait aux grands hommes de D. Cayetano, comme le mulet ressemble au cheval.
XXIII.
MYSTÈRE.
L’entretien dura encore longtemps après ce que nous venons d’en rapporter; mais si nous omettons la suite, c’est qu’elle n’est pas indispensable à la bonne intelligence de ce récit. Les assistants finirent cependant par se retirer, et, comme d’habitude le Sr. D. Inocencio resta après tous les autres. La señora et le chanoine n’avaient pas encore eu le temps d’échanger deux mots, lorsque pénétra dans la salle à manger une vieille domestique de confiance qui était le bras droit de doña Perfecta; celle-ci, la voyant inquiète et troublée, se troubla aussi, parce qu’aussitôt elle soupçonna qu’il était survenu quelque chose de fâcheux dans la maison.
—Je ne trouve nulle part la señorita—répondit la servante aux questions que lui adressa la señora.
—Dieu du ciel!... Rosario!... Où donc est ma fille?
—Que la Sainte-Vierge de Bon-Secours me soit en aide! cria le Penitenciario en prenant son chapeau et se disposant à marcher sur les talons de doña Perfecta.
—Cherchez-la bien... Mais, n’était-elle pas avec toi dans sa chambre?
—Pardon, señora,—répondit la vieille domestique toute tremblante—mais le démon m’a tentée—et je me suis endormie.
—Que maudit soit ton sommeil... Mon Dieu, que s’est-il donc passé?... Rosario... Rosario!... Librada!...