—Eh! bien, señora... j’étais descendue dans la chambre qui donne sur la rue pour prendre du linge... et je m’y suis endormie.

—Tout le monde s’est donc endormi cette nuit dans ma maison? Je crois fort que quelqu’un n’y dormira pas demain. Rosario, tu peux te retirer.

Comprenant qu’il était indispensable d’agir avec promptitude et énergie, la señora et le chanoine commencèrent sur-le-champ leurs investigations. Questions, menaces, prières, promesses furent tour à tour employées avec une habileté consommée pour arriver à découvrir ce qui s’était passé. Elles n’amenèrent pas la découverte d’une ombre même de culpabilité chez la vieille servante; mais Librada fit de suite, au milieu de larmes et de sanglots, l’aveu complet de toutes ses friponneries, que nous résumerons ainsi:

Presque aussitôt après qu’il eut été logé dans la maison, le Sr. Pinzon commença à regarder tendrement la señorita Rosario. Il donna de l’argent à Librada, d’après le dire de celle-ci, pour qu’elle lui servît de messagère et portât les lettres et les billets doux. Bien loin de s’en montrer offensée, la señorita parut au contraire très joyeuse de les recevoir, et quelques jours se passèrent de cette façon. Enfin, la servante déclara que la señorita et le Sr. Pinzon avaient convenu de se voir et de se parler cette nuit même à la fenêtre de la chambre de ce dernier donnant sur le jardin. Ils firent part de leur projet à Librada, laquelle leur offrit de le favoriser, moyennant une somme d’argent qui lui fut immédiatement comptée. Suivant ce qui avait été convenu, Pinzon devait sortir de la maison à l’heure habituelle, y revenir en cachette à neuf heures et s’enfermer dans sa chambre, de laquelle il ressortirait clandestinement plus tard pour rentrer enfin dans la nuit sans mystère à la maison comme de coutume. De cette manière, il n’éveillerait pas de soupçons. La servante attendit Pinzon qui, bien enveloppé dans son manteau, entra sans rien dire. Il s’enferma dans sa chambre juste au moment où la señorita descendait au jardin. Durant l’entrevue, Librada se tint en sentinelle sur la galerie afin d’avertir le militaire des dangers qui pouvaient survenir, et au bout d’une heure celui-ci sortit, comme il était entré, enveloppé dans son manteau sans dire une parole.

La confession terminée, D. Inocencio demanda à la malheureuse:

—Es-tu bien sûre que celui qui est entré et sorti était le Sr. Pinzon?

La coupable ne répondit pas; sa physionomie révélait une grande perplexité.

La señora devint verte de colère.

—As-tu vu son visage?

—Mais qui aurait-ce donc été, si ce n’était lui?—répondit la domestique.—Je suis certaine que c’était lui. Il alla tout droit à sa chambre... il connaissait parfaitement le chemin.