—Ton oncle ne peut beaucoup tarder dit l’une d’elles;—nous l’avons laissé au moment où il commençait l’office: heureusement, il n’est pas long, et en ce moment il est sans doute en train d’ôter sa chasuble dans la sacristie. Je serais restée à l’entendre dire sa messe, mais aujourd’hui est pour moi un jour de grande fatigue.

—Je n’ai ce matin entendu que celle du Sr. Prébendier—dit l’autre—du Sr. Prébendier qui les dit en un rien de temps; et je crois même qu’elle ne m’a guère profité, parce que j’étais très préoccupée et ne pouvais m’empêcher de penser aux terribles choses qui nous arrivent.

—Que veux-tu?... Il faut prendre patience. Nous verrons ce que ton oncle nous conseillera.

—Ah!—s’écria la seconde en poussant un profond et sentimental soupir,—je suis sur des charbons ardents.

—Dieu nous protègera.

—Penser qu’une personne comme vous, une dame comme vous, se voit menacée par un...! Et il s’opiniâtre de plus en plus... Hier soir, ainsi que vous me l’aviez ordonné, señora doña Perfecta, je suis retournée à l’auberge de la veuve Cusco, où j’ai pris de nouvelles informations. Votre D. Pepito et le brigadier Batalla sont toujours ensemble en train de conférer sur leurs abominables projets, et de vider des bouteilles de vin. Ce sont deux vauriens, deux ivrognes... Ils complotent sans doute quelque crime épouvantable... Hier soir, pendant que je me trouvais dans l’auberge, j’en vis sortir le Pepito en question, et, poussée par le vif intérêt que je vous porte, je le suivis...

—Où alla-t-il donc?

—Au Casino, oui, señora, au Casino—répondit l’autre en rougissant légèrement.—Ensuite, il retourna chez lui. Ah! Dieu sait si mon oncle m’a grondée d’être restée jusqu’à une heure fort avancée, occupée à cet espionnage!... Mais, je n’ai pas pu m’en empêcher... O divin Jésus, pardonne-moi! Je n’ai pu m’en empêcher, car je deviens folle, en voyant une personne comme vous courir de si grands dangers... Non, non, je ne puis vous le cacher, je vois déjà ces misérables attaquer la maison et nous enlever Rosario...

Doña Perfecta, car c’était elle, fixa ses yeux sur le sol et réfléchit un grand moment. Elle était pâle et menaçante.

—Mais, je ne vois pas le moyen de l’empêcher—dit-elle enfin.