Comme toutes les personnes qui ont de l’importance ou qui veulent s’en donner, Caballuco montrait une grande réserve.

—Cette nuit, mon ami, vous prendrez, si cela vous plaît, l’argent que vous m’avez remis pour...

—Ah! c’est bien le moment... Que les militaires s’en doutent, et ils ne me laisseront plus passer—répliqua Ramos en riant d’un air farouche.

—Taisez-vous donc... Nous savons bien que vous passez quand bon vous semble. Il ne manquerait plus que cela. Les militaires sont gens qui ont la manche large... et, dans le cas où ils feraient des difficultés, deux ou trois douros, n’est-il pas vrai?... Peste! je vois que vous n’êtes pas trop mal armé... Il ne vous manque plus qu’une pièce de huit. Des pistolets, eh!... Un poignard, aussi?

—C’est afin d’être prêt à tout événement—dit Caballuco en tirant de sa ceinture l’arme dont il montra la lame.

—Pour l’amour de Dieu et de la Sainte-Vierge!—s’écria Maria Remedios en fermant les yeux et en détournant la tête avec effroi,—laisse où il est ce jouet. Sa vue seule me fait horreur.

—Si vous n’y voyez pas d’inconvénient—dit Ramos en replaçant son arme—nous souperons.

Maria Remedios s’empressa de tout disposer afin que le héros ne s’impatientât pas.

—Dites-moi donc une chose—demanda D. Inocencio à son hôte lorsqu’ils se furent mis à table.—Avez-vous cette nuit beaucoup à faire?

—J’ai pas mal d’occupations—répondit le bravo.—C’est la dernière nuit que je viens à Orbajosa, la dernière. Il faut que je rassemble les quelques garçons restés ici, et que nous voyions comment nous pourrons emporter le soufre et le salpêtre qui se trouvent chez Cirujeda.