—C’est qu’on n’aperçoit d’ici que les faubourgs—affirma le guide visiblement contrarié. Lorsque vous entrerez dans la rue Royale et dans celle du Connétable, vous y verrez des édifices non moins beaux que la cathédrale.
—Je ne veux pas dire du mal d’Orbajosa avant de la connaître—ajouta le gentilhomme. Et l’observation que je viens de faire n’était même dictée par aucune intention désobligeante,—car humble et misérable ou belle et somptueuse, cette ville me sera toujours chère, non seulement parce qu’elle est la patrie de ma mère, mais aussi parce qu’elle compte au nombre de ses habitants des personnes que j’aime déjà sans les connaître. Entrons donc dans la ville auguste.
Ils gravissaient en ce moment la chaussée aboutissant aux premières rues et longeaient les murs en torchis des jardins.
—Voyez-vous cette grande maison au fond de la vaste huerta[14] dont nous côtoyons la clôture? dit Licurgo en indiquant le large mur peint de l’unique bâtiment qui eût l’aspect d’une habitation commode et gaie.
—Oui... c’est-là la demeure de ma tante?
—Justement. Ce que nous apercevons est le derrière de la maison. La façade donne sur la rue du Connétable, elle a cinq balcons de fer ressemblant à cinq créneaux. Le beau jardin qui est derrière ce mur appartient à la maison; en vous dressant un peu sur vos étriers, vous le verrez tout entier.
—Nous voilà donc déjà chez ma tante?—dit le gentilhomme. Ne peut-on pas entrer par ici?
—Il y a bien une petite porte, mais la señora l’a fait murer.
Le gentilhomme se dressa sur ses étriers et avançant la tête autant qu’il le pouvait, regarda par-dessus la clôture.
—Je vois parfaitement tout le jardin; il y a là-bas sous des arbres une femme, une jeune fille.... une demoiselle...