—C’est la señorita Rosario—répondit en souriant Licurgo qui pour regarder, se dressa à son tour sur ses étriers.

—Eh! señorita Rosario!—cria-t-il en lui faisant de la main droite des signes très significatifs. Nous voici arrivés... je vous amène votre cousin.

—Elle nous a vus—dit le gentilhomme en allongeant encore le cou.—Mais, si je ne me trompe, il y a près d’elle un ecclésiastique... un prêtre.

—C’est le señor Penitenciario—répondit simplement le paysan.

—Ma cousine nous a vus... elle plante là le curé et court vers la maison... Elle est jolie...

—Comme un rayon de soleil.

—Elle est devenue plus rouge qu’une cerise. Allons, señor Licurgo, approchons-nous!

III.
PEPE REY.

Il convient de dire, avant d’aller plus loin, qui était Pepe Rey et ce qui l’appelait à Orbajosa!

Lorsque le «brigadier[15]» Rey mourut, en 1841, ses deux enfants, Juan et Perfecta venaient de se marier; cette dernière avec le plus riche propriétaire d’Orbajosa, le premier avec une jeune fille de la même ville. Le mari de Perfecta se nommait D. Manuel Maria José de Polentinos, et la femme de Juan, Maria Polentinos; mais malgré la similitude des noms, leur parenté était un peu éloignée et du nombre de celles dont on ne tient guère plus compte. Jurisconsulte distingué, Juan Rey exerça pendant trente ans à Séville, où il avait pris ses grades, la profession d’avocat avec non moins d’honneur que de profit. En 1845, il était déjà veuf et avait un fils qui commençait à se distinguer. Celui-ci occupait ses loisirs à construire, avec de la terre dans la cour de la maison paternelle, des viaducs, des digues, des étangs, des barrages, des canaux, puis il s’amusait à laisser courir l’eau à travers ces ouvrages fragiles. Son père le laissait faire et disait: «tu seras ingénieur».