Ouvrant ensuite une fenêtre du côté opposé:

—Cette autre croisée donne sur la rue, ajouta-t-elle. Regarde; on voit d’ici la cathédrale qui est très belle et pleine de choses précieuses. Une foule d’Anglais viennent à Orbajosa pour la visiter. N’ouvre pas en même temps les deux croisées; les courants d’air sont dangereux.

—Chère cousine—dit Pepe, l’âme inondée d’une joie indicible,—dans tout ce qui se trouve là sous mes yeux, je vois une main d’ange qui ne peut être que la tienne. Combien cette chambre est belle! Il me semble que j’y ai vécu toute ma vie. Elle invite au calme et au repos.

Rosarito laissa sans réponse ce compliment affectueux et sortit en souriant.

—Ne tarde pas trop,—cria-t-elle à travers la porte;—la salle à manger se trouve aussi au rez-de-chaussée... au milieu de cette galerie.

Le tio Licurgo entra portant les bagages. Pepe le récompensa avec une générosité à laquelle il n’était pas accoutumé. Le paysan remercia avec humilité, puis, élevant la main à la hauteur de sa tête comme quelqu’un qui ne sait s’il doit quitter ou mettre son chapeau, d’un air embarrassé, mâchant les mots, à la façon de ceux qui veulent et ne veulent pas parler, il s’exprima en ces termes:

—Quelle sera l’heure la plus convenable pour entretenir le señor D. José d’une... petite affaire?

—D’une petite affaire?

—Mais, tout de suite,—répondit Pepe en ouvrant une malle.

—Ce n’est pas le moment,—dit le paysan. Que le señor D. José se repose; nous avons le temps. Il y a, comme dit l’autre, plus de jours que d’affaires,[17] et les jours succèdent aux jours... Reposez-vous, señor D. José... Lorsque vous désirerez faire une promenade... le bidet n’est pas fourbu... Sur cela, j’ai l’honneur de vous saluer, señor D. José; que le ciel vous conserve!.. Ah! j’oubliais—ajouta-t-il en revenant presque aussitôt.—Si vous avez quelque commission à me donner pour l’officier municipal... je vais de ce pas lui parler de notre petite affaire...