V.
Y AURA-T-IL MÉSINTELLIGENCE?
Quelques instants plus tard, Pepe entrait dans la salle à manger.
—Si tu déjeunes copieusement—lui dit doña Perfecta d’un ton affectueux—tu n’auras plus envie de dîner. Nous dînons ici à une heure. Les usages de la campagne ne te plairont sans doute pas.
—Ils m’enchantent au contraire, ma chère tante.
—Eh! bien, voyons, que préfères-tu: bien déjeuner maintenant, ou manger seulement une bouchée pour attendre l’heure du dîner?...
—Je choisis la bouchée pour avoir le plaisir de dîner avec vous; si même j’avais pu trouver quelque chose à Villahorrenda, je ne prendrais rien maintenant.
—Je crois inutile de te dire que tu n’as pas à te gêner avec nous. Agis donc ici absolument comme tu le ferais chez toi.
—Merci, ma tante.
—Mais comme tu ressembles à ton père!—ajouta la señora en regardant manger son neveu avec ravissement.—Il me semble que je vois mon frère bien aimé. Il s’asseyait comme tu t’assieds toi-même et mangeait comme tu manges. Dans la façon de regarder, surtout, vous vous ressemblez comme deux gouttes d’eau.
Pepe la plaisanta sur son frugal déjeuner. L’attitude, les regards et les paroles de sa tante et de sa cousine lui inspiraient une telle confiance, qu’il se croyait déjà chez lui.