—Voilà..... voilà...—murmura le savant d’une voix à peine articulée;—ce jeune caballero soutiendra sans doute l’opinion erronée que les statues de Mundogrande proviennent de la première immigration phénicienne. Je le convaincrai...
—Mais, Cayetano...
—Mais, Perfecta..... Allons, tu vas encore soutenir que j’ai dormi?
—Non, certes, comment pourrais-je soutenir une pareille absurdité!... Mais tu ne me dis pas ce que tu penses de ce jeune homme?
D. Cayetano mit la main devant sa bouche, afin de bâiller plus à son aise, après quoi, il entama avec la señora une longue conversation.
Les personnes qui nous ont transmis les notes nécessaires à la composition de cette histoire passent sous silence ce dialogue, sans doute parce qu’elles n’en eurent pas connaissance. Quant à ce que se dirent ce soir-là dans le jardin l’ingénieur et Rosarito, il est évident qu’il est inutile de le rapporter.
Nous ne pouvons taire de même, parce qu’elles ont une extrême importance, les choses qui se passèrent dans la soirée du jour suivant. Après avoir parcouru diverses parties du jardin, le cousin et la cousine, à une heure assez avancée, se trouvaient seuls, occupés réciproquement l’un de l’autre et n’ayant d’âme et de sens que pour se voir et pour s’entendre.
—Pepe—disait Rosario—tout ce que tu viens de me dire est une plaisanterie, un refrain comme vous autres, hommes d’esprit, vous savez en forger... Et tu penses qu’en ma qualité de villageoise, je crois tout ce que l’on me dit.
—Si tu me connaissais comme je crois te connaître, tu saurais que je ne dis jamais que ce que je pense. Mais laissons-là les vaines subtilités et les sentimentales niaiseries qui ne servent qu’à fausser les sentiments. Je ne parlerai pas avec toi d’autre langage que celui de la vérité. Es-tu par hasard une demoiselle que j’ai rencontrée à la promenade ou dans une soirée et avec laquelle j’espère passer quelques moments agréables? Non. Tu es ma cousine, tu es quelque chose de plus..... Rosario, établissons tout de suite la situation et parlons franc. Je suis venu ici pour me marier avec toi.
Rosario sentit son visage s’enflammer et son cœur battre à rompre sa poitrine.