Le Marocain ne bougeait point, la face tournée vers le sol, comme un morceau de viande qu’on aurait mis à rôtir. La vieille lui lança deux ou trois petites pierres avant de parvenir à attirer son attention. Almudena se mit à trembler de tout son corps et, se mettant sur ses pieds, il s’écria:
«Toi, Benina, c’est toi, Benina?
—Oui, mon enfant. C’est cette pauvre vieille elle-même qui vient te trouver au désert où tu demeures. Tu as eu une drôle d’idée de venir ici, et ce n’est pas sans peine que je suis parvenue à te découvrir!
—Benina! répéta l’aveugle avec une émotion enfantine, qui se révélait par une crise de larmes et un tremblement qui le secouait des pieds à la tête. Tu viens du ciel.
—Non, enfant, non, répliqua la brave femme en lui frappant les épaules en signe d’amitié. Je ne viens pas du ciel. Je monte de la terre, au contraire, par ces maudites rocailles. Eh bien! c’est une jolie idée qui t’a pris, pauvre petit Maure! Dis-moi: est-ce que ton pays ressemble à cela?»
Mordejaï ne répondit pas à cette question. Ils descendirent tous deux. L’aveugle la palpait avec les mains, comme s’il cherchait à la voir par le toucher.
«Je suis venue, dit enfin la mendiante, parce que je craignais que tu ne mourusses de faim.
—Moi pas manger....
—Tu fais pénitence? Tu aurais pu choisir un meilleur endroit.
—Il est le meilleur.... Montagne parfaite.