Et comme Frasquito se disposait à aller à la porte, elle l’en détourna avec cette observation fort à sa place:
«N’y allez point vous-même, il est possible que ce soit un de ces grossiers fournisseurs. Que la petite aille ouvrir. Célédonia, va ouvrir, et fais bien attention; si c’est quelqu’un qui apporte des nouvelles de Nina, qu’il entre. Mais si c’est quelque fournisseur, dis-lui que je n’y suis pas.»
La petite y courut et elle revint précipitamment disant:
«Madame, c’est don Romualdo.»
Cette annonce causa une émotion intense et presque terrifiante. Ponte se dandinait, tantôt sur un pied, tantôt sur l’autre, et doña Paca se levait et retombait sur sa chaise plus de dix fois, disant:
«Que s’est-il passé? Nous allons savoir! Dieu de Dieu, don Romualdo à la maison! Dépêche-toi, Célédonia...; donne-moi ma coiffure noire.... Et je ne suis pas peignée.... De quelle façon vais-je le recevoir.... Eh bien, petite, mon bonnet noir....»
L’Algésirain et la petite l’aidèrent à s’habiller; mais, dans leur affolement, ils lui mettaient toute chose de travers. La vieille dame s’impatientait, les apostrophait pour leur lenteur et les bousculait fort. Enfin tout finit par s’arranger tant bien que mal, elle se passa un peigne dans les cheveux et, se bousculant, elle se rendit dans la pièce où attendait le prêtre qui était resté debout et regardait les photographies de famille qui formaient la décoration unique de la pauvre chambre.
«Excusez-moi, monsieur don Romualdo, dit la veuve de Zapata, que la grande émotion empêchait de se tenir sur ses jambes et se laissant tomber dans un fauteuil, non sans avoir baisé la main du révérend. Grâce à Dieu, je puis enfin vous remercier de votre ineffable bonté.
—Je ne fais que mon devoir, madame, répondit l’ecclésiastique un peu surpris, et vous n’avez nullement à me remercier.
—Et dites-moi, maintenant, pour l’amour de Dieu, ajouta la dame avec une telle crainte d’apprendre une mauvaise nouvelle, qu’elle pouvait à peine articuler; dites-moi vite ce qui est arrivé à ma pauvre Nina.»