—Oui, madame, il m’attend en bas.

—S’il en est ainsi, je te crois capable de tout. Comment, tu vas jusqu’à me l’amener ici, dans ma maison?

—Je l’amenais à la maison parce qu’il est malade et que je ne veux pas l’abandonner au milieu de la rue, répéta Benina d’un accent ferme.

—Oui, je sais que tu es bonne et que, lorsque la bonté t’aveugle, tu laisses de côté toute décence.

—La décence n’a rien à voir avec tout cela et je ne suis nullement coupable parce que je vais avec Almudena, qui est un pauvre malheureux. Il m’aime, moi.... Et moi, je le chéris comme un fils.»

L’ingénuité avec laquelle s’exprimait Nina ne parvint pas à l’âme de doña Paca, qui, sans rien changer à son attitude et conservant les couteaux dans son tablier, continua en lui disant:

«Tu n’as pas ta pareille pour arranger les choses et retourner tes fautes pour les présenter comme des vertus; pourtant, Nina, je t’aime, je reconnais tes bonnes qualités et je ne t’abandonnerai jamais.

—Merci, madame, grand merci.

—Il ne te manquera ni de quoi manger, ni de quoi dormir. Tu m’as servie, tu m’as tenu compagnie, tu m’as soutenue dans l’adversité. Tu es bonne, très bonne; mais n’abuse pas, ma fille; ne me dis pas que tu viens t’installer ici avec un marchand de dattes, parce que tu me ferais croire que tu es devenue tout à fait folle.

—Je l’amenais à la maison, oui, madame, comme j’ai amené Frasquito Ponte, par charité.... Si j’ai eu pitié de l’autre, pourquoi n’aurais-je pas eu pitié de celui-ci aussi? Ou bien, est-ce qu’il y a une charité pour ceux qui portent une redingote et une autre pour le pauvre sans vêtements? Je ne l’entends point ainsi, je ne distingue pas.... C’est pour cela que je l’ai amené; si vous ne le recevez pas, ce sera même chose que de me refuser la porte.