—Dis-moi ce que c’est....

—Que comptais-tu faire ce soir?

—Dans ma maison, moi beaucoup à faire: moi laver linge, moi coudre beaucoup, rapetasser beaucoup.

—Tu es l’homme le mieux nippé qui existe au monde. Je ne connais pas ton pareil. Aveugle et pauvre, tu arranges toi-même tes petites affaires; tu enfiles une aiguille avec ta langue aussi rapidement que je le peux faire moi-même avec mes doigts; tu couds dans la perfection; tu es ton tailleur, ton cordonnier, ta blanchisseuse.... Et après avoir mendié le matin à la paroisse, l’après-midi dans la rue, tu trouves encore le temps d’aller un petit instant au café..., content de ce que tu n’as pas, et s’il y avait au monde une justice, et si les choses étaient disposées selon la raison, on devrait te donner un prix..., brave garçon; pourtant, voilà ce que c’est, je ne te laisse pas travailler ce soir, parce qu’il faut que tu me rendes un service.... On garde ses amis pour les grandes occasions.

—Que t’arrive-t-il?

—Une affaire épouvantable. Je n’en vis plus. Je suis si malheureuse que, si tu ne me secours pas, je n’ai plus qu’à me jeter du haut du viaduc... C’est comme je te le dis.

Amri..., pas te jeter.

—C’est que j’ai un malheur si grand, si grand, qu’il paraît impossible que j’en puisse sortir. Je vais te le dire d’un trait pour que tu puisses en sentir de suite le poids: j’ai besoin d’un douro....

—Un douro! s’écria Almudena, exprimant par la subite gravité de sa figure et l’énergie de l’accent l’épouvante que lui causait l’importance de la somme.

—Oui, mon fils, oui..., un douro, et je ne puis rentrer à la maison si je ne l’ai pas préalablement avec moi. Il est indispensable que j’aie ce douro; parle, il faut le sortir de dessous les pierres, le trouver n’importe comment.