La recherche à peine terminée, Benina rentra ayant fait telle diligence et opéré avec une si grande rapidité qu’on aurait pu croire que les anges l’avaient portée sur leurs ailes.
La pauvre femme arrivait tout essoufflée de sa course rapide par les rues; elle pouvait à peine respirer; son visage inondé de sueur marquait pourtant l’allégresse.
«Ils m’en ont donné trois, dit-elle montrant les piécettes dont une en sous. Je n’ai pas eu de chance que Valeriano se soit trouvé là, et, sa maîtresse, la Reimunda, étant venue, j’ai été obligée de leur donner deux fois plus de paroles pour les convaincre.»
Ajoutant au contentement, Almudena, avec une figure joyeuse et triomphante, lui montra entre ses deux doigts une piécette:
«Je l’ai trouvée dans la poitrine de celle-ci, prends-la.
—Oh! quelle chance! Est-ce qu’elle n’en a pas d’autres? Cherche bien, mon fils.
—Elle n’en a pas d’autres, j’ai tout fouillé.»
Benina secouait les affaires de la pocharde espérant faire sauter une monnaie. Mais il n’en tomba que deux épingles à cheveux et quelques petits morceaux de charbon.
«Elle n’a plus rien.»
L’aveugle continuant à bavarder et expliquant à Benina le caractère et les habitudes de la grosse femme, il lui fit entendre que, si elle avait été dans un état normal, elle aurait donné d’elle-même la piécette si on la lui avait demandée. Avec une phrase synthétique, Almudena caractérisa sa compagne de vie: «Elle est rosse, elle est dépravée...; elle prend tout, mais elle donne tout.»