—Où dis-tu?

—Dans les palais enchantés de la seña Bernarda, rue du Mediodia-Grande.... La maison de la logeuse, vous savez?

—Que me contes-tu là?

—Ce Ponte dort là, lorsqu’il a les trois réaux nécessaires pour obtenir une place dans le dortoir de première classe.

—Tu es folle, Benina.

—Je l’ai vu, madame; la Bernarda est mon amie. C’est elle qui nous a prêté les huit douros, vous savez? quand vous avez eu besoin d’envoyer la cédule avec décharge et payer un pouvoir pour l’envoyer à Ronda.

—Oui, oui, je me rappelle, c’était elle qui venait tous les jours réclamer sa créance et qui nous faisait bouillir le sang.

—Celle-là même. Mais, malgré cela, c’est une brave femme. Elle ne nous les aurait pas réclamés en justice, bien qu’elle nous en menaçât. Bien d’autres sont pires. Vous devez savoir qu’elle est riche et, avec les six maisons à loger la nuit qu’elle possède, elle n’a pas moins de quarante mille douros qu’elle a gagnés, oui, madame, et qui sont tous placés à la Banque, et elle vit de l’intérêt.

—Que de choses incroyables il faut voir! Voilà bien le monde.... Mais, revenant au chevalier de Ponte,—c’est ainsi qu’on le nommait en Andalousie,—s’il est aussi pauvre que tu dis, cela doit faire pitié de le voir.... Mais cela vaut mieux ainsi, parce que la réputation de la petite pourrait souffrir quelque atteinte si, au lieu d’être une telle ruine, un pauvre mendiant en redingote, c’était un galant possible, quoique vieux.

—Je crois, dit Benina en riant, car sa nature joviale se montrait toujours dès que les tracas de la vie lui donnaient le temps de respirer, je crois qu’il va là... pour se faire embaumer...; il en a grand besoin. Et qu’il se dépêche avant qu’il soit tout à fait en putréfaction.»