«Vois combien j’ai raison, continua la dame qui, lorsqu’elle se mettait dans cet état, était tout ce qu’on peut imaginer de plus insupportable. Tu te tais.... Qui se tait reconnaît ses torts. Par conséquent, ce que je dis est certain; j’ai toujours raison.... C’est bien ce que je pense: tu n’as pas été à la maison d’Obdulia et tu n’en as pas pris le chemin. Dieu sait où tu as été vaguer. Mais ne crains rien, j’arriverai à le savoir.... Me laisser ici seule, morte de faim. Voilà une jolie matinée que tu m’as fait passer; j’ai dû subir les réclamations d’un tas innombrable de garçons de boutiques, qui sont venus demander des sommes que nous n’avons pas payées, grâce à ton désordre. Parce que, pour dire la vérité, je ne sais pas ce que tu fais de l’argent.... Réponds..., femme...; défends-toi, si tu peux; que si tu donnes pour toute réponse aux gens le silence, il me paraîtra que je t’en dis peu.»

Benina répéta avec humilité ce qu’elle avait dit antérieurement: qu’elle était restée longtemps chez don Romualdo, que don Carlos Trujillo l’avait gardée très longtemps; qu’elle était allée ensuite à la rue de la Cabeza....

«Dieu sait, Dieu sait où tu auras été, coureuse, et en quels endroits tu te seras arrêtée.... Voyons, voyons, si tu ne sens point le vin.»

Et se mettant à respirer son haleine, elle se recula en poussant des exclamations de dégoût et d’horreur:

«Ote-toi, ôte-toi de là, tu empestes l’eau-de-vie.

—Je n’en ai point bu, madame, vous pouvez me croire.»

Doña Paca insistait, car dans ses crises elle convertissait toujours ses soupçons en réalité et avec son entêtement, elle finissait toujours par se forger une conviction.

«Vous pouvez me croire, répétait Benina, je n’ai pris qu’un tout petit verre de vin que m’a offert M. de Ponte.

—Oui, ce M. de Ponte me cause de graves inquiétudes, c’est un vieux encore vert, très rusé et très gueux. Mais, en tout état de cause, je constate que tu ne te défends qu’en te taisant.... Tu ne songes pas que tu me trompes, hypocrite.... Au seuil de la vieillesse, tu t’en vas en dissolution et tu perds la parole. Seigneur, que nous faut-il voir? et quels dérèglements entraîne après lui ce maudit vice?... Tu te tais: donc c’est certain. Non, non, tu le nierais, que tu ne me convaincrais pas, parce que quand je dis une chose, c’est parce que je la sais.... J’ai un œil!»

Sans donner le temps de s’expliquer à la délinquante, elle sauta sur un autre sujet: