—Que Dieu vous protège!... Dis-moi autre chose....
—Commandez-moi.
—Je désire savoir si tu as donné refuge dans ta maison à un gentilhomme qui a nom Frasquito Ponte et s’il y est encore, parce que l’on m’a dit qu’il avait été très malade cette nuit?»
Pour toute réponse, la Pitusa dit à Benina de la suivre, et toutes deux, se serrant, se glissèrent par la fente qui se trouvait entre les montants du comptoir. De l’autre côté commençait un escalier très étroit, par lequel elles montèrent l’une derrière l’autre.
«C’est une personne très honorable, comme on dit, un personnage, ajouta Benina, sûre de servir ainsi le pauvre gentilhomme.
—De la grandesse! Voyez donc à quoi servent les titres?»
Par un petit passage sentant mauvais et horriblement sale, elles arrivèrent à une cuisine où l’on ne faisait certes pas grand feu. Le fourneau et le buffet servaient de dépôt de bouteilles vides, de caisses défoncées, de chaises cassées et de monceaux de chiffons. Sur le sol et sur un misérable grabat, gisait de toute sa longueur don Francisco Ponte, en manches de chemise, immobile, la figure décomposée. Deux grosses femmes l’entouraient, debout de chaque côté, l’une lui présentait un verre avec un peu d’eau et de vin, l’autre essayait de lui faire des frictions aux jambes, toutes deux lui parlaient en criant:
«Tournez-vous par ici.... Quel démon vous agite?... Vous le faites exprès!... Ne voulez-vous point boire?»
Benina, se mettant à genoux, se mit à crier, elle aussi, en le secouant:
«Don Frasquito de mon âme, qu’avez-vous? Ouvrez les yeux, regardez-moi, je suis la Nina.»