—Il quitte Santa-Casilda pour aller demeurer aux Cambroneras.

—Il est piqué de la tarentule; il danse sur un pied.»

Les deux femmes se livraient à de grossiers éclats de rire et Benina ne savait que dire. Apprenant que l’Africain était malade, elle dit qu’elle avait envie d’aller à sa recherche à San-Sebastian; ce à quoi elles répliquèrent qu’il n’était pas allé mendier et que, si la patronne désirait le rencontrer, elle devait aller a sa recherche par l’Arganzuela ou la rue del Penon, car elles l’avaient vu peu auparavant dans ces parages. Benina suivit ces indications, après avoir rapidement fait ses petites affaires dans la rue de la Ruda; au moment de tourner à la Fuentecilla, après avoir monté et descendu plusieurs fois la rue del Penon, elle vit le Marocain qui sortait de chez un forgeron. Elle se dirigea vers lui, le prit par le bras et....

«Ne me touche pas, ne me touche pas..., dit l’aveugle, agité comme s’il avait été secoué par une décharge électrique. Méchante, trompeuse..., je veux te tuer.»

La pauvre femme fut effrayée en lisant sur le visage de son ami un grand trouble; il avait un violent mouvement convulsif des lèvres qui modifiait complètement l’aspect de sa physionomie habituelle; il tremblait des pieds à la tête et sa voix était devenue rauque.

«Qu’as-tu, mon petit Almudena? Quelle mouche te pique?

—C’est toi qui me piques, mauvaise mouche.... Venir avec moi.... Moi te parler? Tu es une mauvaise femme....

—Allons où tu veux, homme. Tu as l’air d’un fou!»

Ils descendirent la Ronda, et le Marocain, qui connaissait les lieux, se dirigea vers la fabrique de gaz sans vouloir se laisser prendre le bras par son amie. Ils passèrent par des sentiers étroits pour arriver à la promenade des Acacias, sans que la bonne femme fût arrivée à comprendre clairement les motifs de cette extravagante course.

«Asseyons-nous ici, dit Benina en arrivant près de la fabrique de goudron, je suis très lasse.