Pharmacie de l'âme.

«Une chambre sans livres est un corps sans âme», disait Cicéron.

«La poussière des bibliothèques est une poussière féconde», renchérit Werdet.

«Les livres ont toujours été la passion des honnêtes gens», affirme Ménage.

Sir John Herschel était sûrement de ces honnêtes gens dont parle le bel esprit érudit du XVIIe siècle, car il fait cette déclaration, que Gibbon eût signée:

«Si j'avais à demander un goût qui pût me conserver ferme au milieu des circonstances les plus diverses et être pour moi une source de bonheur et de gaieté à travers la vie et un bouclier contre ses maux, quelque adverses que pussent être les circonstances et de quelques rigueurs que le monde pût m'accabler, je demanderais le goût de la lecture.»

«Autant vaut tuer un homme que détruire un bon livre», s'écrie Milton; et ailleurs, en un latin superbe que je renonce à traduire:

Et totum rapiunt me, mea vita, libri.

«Pourquoi, demandait Louis XIV au maréchal de Vivonne, passez-vous autant de temps avec vos livres?—Sire, c'est pour qu'ils donnent à mon esprit le coloris, la fraîcheur et la vie que donnent à mes joues les excellentes perdrix de Votre Majesté.»

Voilà une aimable réponse de commensal et de courtisan. Mais combien d'enthousiastes se sentiraient choqués de cet épicuréisme flatteur et léger! Ce n'est pas le poète anglais John Florio, qui écrivait au commencement du même siècle, dont on eût pu attendre une explication aussi souriante et dégagée. Il le prend plutôt au tragique, quand il s'écrie: