C'est ainsi que M. Jean Rameau, poète et bibliophile, raconte qu'il a trouvé, en cette année 1901, dans une boîte des quais, à vingt-cinq centimes, quatre volumes, dont le dos élégamment fleuri portait un écusson avec la devise: Boutez en avant. C'était un abrégé du Faramond de la Calprenède, et les quatre volumes avaient appartenu à la Du Barry, dont le Boutez en avant est suffisamment caractéristique. Que fit le poète, lorsqu'il se fut renseigné auprès du baron de Claye, qui n'hésite point sur ces questions? Il alla dès sept heures du matin se poster devant l'étalage, avala le brouillard de la Seine, s'en imprégna et y développa des «rhumatismes atroces» jusqu'à onze heures du matin,—car le bouquiniste, ami du nonchaloir, ne vint pas plus tôt,—prit les volumes et «bouta une pièce d'un franc» en disant: «Vous allez me laisser ça pour quinze sous, hein?»—«Va pour quinze sous!» fit le bouquiniste bonhomme! Et le poète s'enfuit avec son butin, et aussi, par surcroît, «avec un petit frisson de gloire».

Puisque nous sommes sur le quai Voltaire, ne le quittons pas sans le regarder à travers la lunette d'un poète dont le nom, Gabriel Marc, n'éveille pas de retentissants échos, mais qui, depuis 1875, année où il publiait ses Sonnets parisiens, a dû parfois éprouver l'émotion—amère et douce—exprimée en trait final dans le gracieux tableau qu'il intitule: En bouquinant.

Le quai Voltaire est un véritable musée

En plein soleil. Partout, pour charmer les regards,

Armes, bronzes, vitraux, estampes, objets d'art,

Et notre flânerie est sans cesse amusée.

Avec leur reliure ancienne et presque usée,

Voici les manuscrits sauvés par le hasard;

Puis les livres: Montaigne, Hugo, Chénier, Ponsard,

Ou la petite toile au Salon refusée.