Les amoureux du livre, tous d'un cœur reconnaissant,

toujours exhalèrent une prière unique:

Que le bon Dieu préserve les livres

et sauve la Société!

Le vieux Chaucer ne le prenait pas de si haut: doucement et poétiquement il avouait que l'attrait des livres était moins puissant sur son cœur que l'attrait de la nature.

Je voudrais pouvoir mettre dans mon essai de traduction un peu du charme poétique qui, comme un parfum très ancien, mais persistant et d'autant plus suave, se dégage de ces vers dans le texte original.

Quant à moi, bien que je ne sache que peu de chose,
à lire dans les livres je me délecte,
et j'y donne ma foi et ma pleine croyance,
et dans mon cœur j'en garde le respect
si sincèrement qu'il n'y a point de plaisir
qui puisse me faire quitter mes livres,
si ce n'est, quelques rares fois, le jour saint,
sauf aussi, sûrement, lorsque, le mois de mai
venu, j'entends les oiseaux chanter,
et que les fleurs commencent à surgir,—
alors adieu mon livre et ma dévotion!

Comment encore conserver en mon français sans rimes et péniblement rythmé l'harmonie légère et gracieuse, pourtant si nette et précise, de ce délicieux couplet d'une vieille chanson populaire, que tout Anglais sait par cœur:


Oh! un livre et, dans l'ombre un coin,
soit à la maison, soit dehors,
les vertes feuilles chuchotant sur ma tête,
ou les cris de la rue autour de moi;
là où je puisse lire tout à mon aise
aussi bien du neuf que du vieux!
Car un brave et bon livre à parcourir
vaut pour moi mieux que de l'or!

Mais il faut s'arrêter dans l'éloge. Je ne saurais mieux conclure, sur ce sujet entraînant, qu'en prenant à mon compte et en offrant aux autres ces lignes d'un homme qui fut, en son temps, le «prince de la critique» et dont le nom même commence à être oublié. Nous pouvons tous, amis, amoureux, dévots ou maniaques du livre, nous écrier avec Jules Janin: