J'en ai bu jusqu'à choir lourdement sous la table,

A pleine gueule, à plein amour, à plein cerveau.

Mais toujours, au réveil, je sentais de nouveau

L'inextinguible soif dans ma gorge plus rêche.

On ne s'étonnera pas, je pense, que sa gorge étant plus rêche, le poète songe à la mieux rafraîchir et achète, pour ce, des livres superbes qui lui mériteront, quand on écrira sa biographie définitive, un chapitre, curieux entre maint autre, intitulé: «Richepin, bibliophile.»

D'une veine plus froide et plus méprisante, mais, après tout, peu dissemblable, sort cette boutade de Baudelaire (Œuvres posthumes):

«L'homme d'esprit, celui qui ne s'accordera jamais avec personne, doit s'appliquer à aimer la conversation des imbéciles et la lecture des mauvais livres. Il en tirera des jouissances amères qui compenseront largement sa fatigue.»

L'auteur du traité De la Bibliomanie n'y met point tant de finesse. Il déclare tout à trac que «la folle passion des livres entraîne souvent au libertinage et à l'incrédulité».

Encore faudrait-il savoir où commence «la folle passion», car le même écrivain (Bollioud-Mermet) ne peut s'empêcher, un peu plus loin, de reconnaître que «les livres simplement agréables contiennent, ainsi que les plus sérieux, des leçons utiles pour les cœurs droits et pour les bons esprits».

Pétrarque avait déjà exprimé une pensée analogue dans son élégant latin de la Renaissance: «Les livres mènent certaines personnes à la science, et certaines autres à la folie, lorsque celles-ci en absorbent plus qu'elles ne peuvent digérer.»