Libri quosdam ad scientiam, quosdam ad insaniam deduxere, dum plus hauriunt quam digerunt.

Cela rappelle un joli mot attribué au peintre Doyen sur un homme plus érudit que judicieux: «Sa tête est la boutique d'un libraire qui déménage.»

C'est, en somme, une question de choix. On l'a répété bien souvent depuis Sénèque, et on l'avait sûrement dit plus d'une fois avant lui: «Il n'importe pas d'avoir beaucoup de livres, mais d'en avoir de bons.»


Ce n'est pas là le point de vue auquel se placent les bibliomanes; mais nous ne nous occupons pas d'eux pour l'instant. Quant aux bibliophiles délicats, même ceux que le livre ravit par lui-même bien plus que par ce qu'il contient, ils veulent bien en avoir beaucoup, mais surtout en avoir de beaux, se rapprochant le plus possible de la perfection; et plutôt que d'accueillir sur leurs rayons des exemplaires tarés ou médiocres, eux-aussi prendraient la devise: Pauca sed bona.

«Une des maladies de ce siècle, dit un Anglais (Barnaby Rich), c'est la multitude des livres, qui surchargent tellement le lecteur qu'il ne peut plus digérer l'abondance d'oiseuse matière chaque jour éclose et mise au monde sous des formes aussi diverses que les traits mêmes du visage des auteurs.»

En avoir beaucoup, c'est largesse;
En étudier peu, c'est sagesse.

déclare un proverbe cité par Jules Janin.

Michel Montaigne, qui a mis les livres à profit autant qu'homme du monde et qui en a parlé en des termes enthousiastes et reconnaissants cités plus haut, fait cependant des réserves, mais seulement en ce qui touche le développement physique et la santé.

«Les livres, dit-il, ont beaucoup de qualités agréables à ceulx qui les sçavent choisir; mais, aulcun bien sans peine; c'est un plaisir qui n'est pas net et pur, non plus que les autres; il a ses incommodités et bien poisantes; l'âme s'y exerce; mais le corps demeure sans action, s'atterre et s'attriste.»