Le docteur James Martineau déclare, dans ses Hours of Thought (Heures de Pensée), qu'en l'absence de quelque chose ayant une portée plus noble, les amours exclusifs, les enthousiasmes particuliers, les simples fantaisies de l'esprit, pourvu qu'ils soient innocents, sont un grand bien. «L'homme actif qui poursuit un but innocent quelconque vaut mieux que l'homme inerte qui critique tout, et l'être lourd qui ne vit que pour collectionner des coquilles et des médailles est au-dessus de l'être spirituel qui ne vit que pour se moquer de lui.»

Dans le même esprit, je me hasarde à avancer qu'il n'est pas sage de traiter la passion pour les livres vieux, rares ou curieux, irrespectueusement. Toute occupation de ce genre a une influence plus ou moins grande sur l'affinement de l'esprit. Elle peut, sans doute, être entachée de snobbisme ou de vulgarité, si c'est l'ignorant caprice de la mode ou le simple essai d'une cupide spéculation qui la dirige; mais, d'un autre côté, on peut la comprendre de telle sorte qu'elle soit une occupation non seulement pleine de charmes, mais encore pleine d'utilité.

XIII

Les railleries—parfois indignées—que des bonnes gens, qui tantôt lisent trop, tantôt ne lisent guère ou ne lisent pas du tout, font des amateurs qui collectionnent des livres sans les lire, sortent d'une veine inépuisable et ne sauraient s'énumérer. J'en mets ici quelques-unes que je n'ai pas enregistrées déjà.

Il en est qui datent de loin. Voici le dict du vieux Gaultier de Metz, dans L'Ymage du monde:

Est d'aucuns convoiteus

Qui ont les livres précieus

Et aornés et bien et bel,

Qui n'en regardent fors la pel.

Pétrarque a dit en latin: «Il est des gens qui se figurent posséder en propre tout ce qui est dans les livres qu'ils ont chez eux. Vient-on à parler de quelque ouvrage:—Oh! disent-ils, ce livre est dans mon armoire.—Cela leur suffit et c'est, dans leur opinion, comme s'ils le savaient par cœur. Là dessus, les sourcils hauts et les yeux ronds, ils se taisent. Quelle race ridicule!»