Le grave et sobre Mouravit s'échauffe aussi sur ce sujet. «Quoi de plus beau, s'écrie-t-il, qu'un livre dont le papier n'a pas été parcimonieusement mesuré, et qui laisse l'œuvre du typographe encadrée, comme une belle estampe, au milieu de marges spacieuses et bien proportionnées!»

Et il ajoute: «Rechercher une certaine élégance dans la reliure de nos livres, ce n'est pas seulement leur payer notre dette de reconnaissance, c'est encore donner une preuve de notre passion pour les choses de l'art, de cet amour des ineffables harmonies que toute nature d'élite veut trouver ou faire naître en tout et partout: c'est en un mot, laisser un vivant témoignage de notre goût....

«La reliure n'est pas seulement un abri contre les destruction, mais elle doit révéler de prime abord, par son élégance, par sa richesse plus ou moins grande, par son style, le mérite, le prix, la nature même du joyau qu'elle renferme.»

Napoléon disait: «Je veux de belles éditions et d'élégantes reliures. Je suis assez riche pour cela.»

Un bibliophile anglais qui rapporte ce propos et qui n'aime guère l'Ogre de Corse, ne peut s'empêcher de s'attendrir: «Il fallait qu'il ne fût pas mauvais jusqu'au fond.» So he could not be entirely bad.

Le journal The Critic, qui se publie aux Etats-Unis, insérait naguère des vers amusants sous ce titre: «Comment un bibliomaniaque relie ses livres.» J'en citerai quelques strophes:

J'aimerais à relier mes lives favoris
de sorte que leur vêtement extérieur
à l'esprit de tout bibliomaniaque
révélât leur contenu.

La vie de Napoléon reluirait en rouge,
la vie de Jean Calvin en bleu;
Ainsi symboliseraient-elles l'effusion du sang
et la nuance d'une religion atrabilaire.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Les Papes iraient bien en écarlate;
en vert jaloux, Othello;
En gris, la Vieillesse de Cicéron;
et les Cris de Londres en jaune.