Qui répand l'harmonie à flots sur l'univers,

Et met une auréole aux fronts d'ombre couverts...

De la dissipation à la paresse, il n'y a qu'un pas. La femme dissipée, lorsqu'elle ne trouve pas au dehors l'aliment propre à la frivolité de son esprit, lorsqu'elle est obligée, pour une raison ou pour une autre, de rester chez elle au lieu de se répandre dans le monde, se réfugie dans les rêves de la nonchalance et devient invariablement paresseuse. De même dans toute femme d'intérieur paresseuse il y a l'étoffe d'une dissipée.

«O femme, s'écrie poétiquement l'Américain Washington Irving, tu sais l'heure où revient le brave chef de la maison, lorsque la chaleur et le fardeau du jour sont passés. Ne le laisse pas alors, harassé de fatigue et accablé de découragement, trouver, en arrivant à sa demeure, que les pieds qui doivent accourir à sa rencontre errent au loin, que la douce main qui doit essuyer la sueur de son front frappe à la porte de maisons étrangères.»

Ceci pour les mesdames Benoîton. Ecoutons Michelet nous parler des casanières oisives, dont le cercle d'opérations s'étend du cabinet de toilette à la salle à manger, de la salle à manger à la chaise longue du boudoir, et de la chaise longue au lit. Les personnes malades, par suite souvent d'une activité trop grande, à qui ce programme est un supplice imposé, sont naturellement en dehors de nos appréciations.

«La femme qui laisse tout le soin du ménage à ses domestiques, et reste dans sa propre maison comme un hors-d'œuvre, perd bientôt l'équilibre, disait dès sa jeunesse l'illustre historien. Elle est prise d'ennui, elle bâille ou se fâche injustement à tort et à travers, comme il arrive chez ce pauvre T... qui n'a pas même son cabinet à lui pour s'y réfugier et s'y faire un peu de silence. Rien de plus triste. Une femme désœuvrée ou mal occupée, ce qui revient à peu près au même, est un véritable fléau pour le travailleur. Je ne saurais seul ordonner ma maison, la parer, mais je sens très bien que l'ordre, l'harmonie dans l'ameublement est, comme dans la toilette, une des puissances de la femme pour enserrer l'homme, assurer sa fidélité.

»Combien on doit se déraciner plus aisément d'un amour qui n'a pas ses harmonies![13]»

Stendhal pousse le procès plus loin, et découvre une des causes pour lesquelles les ménages des riches sont si étrangement sujets à la désunion, à la désaffection, à l'indifférence et au dégoût. Il pose d'abord en principe que «sans travail il n'y a pas de bonheur». Passant à l'application, il ajoute:

«Une femme qui a quatre enfants et dix mille livres de rente travaille en faisant des bas ou une robe pour ses filles. Mais il est impossible d'accorder qu'une femme qui a carrosse à elle travaille en faisant une broderie ou un meuble de tapisserie. A part quelques petites lueurs de vanité, il est impossible qu'elle y mette aucun intérêt; elle ne travaille pas.

»Donc, son bonheur est gravement compromis.»