A peu près sur le même ton, l'Anglais Dodsley nous dit: «Elle est la maîtresse de la maison; traite-la donc avec égards, pour que tes serviteurs puissent lui obéir.
»Ne te montre pas, sans motif, contraire à ses goûts; puisqu'elle partage tes peines, fais-la participer à tes plaisirs.
»Reprends ses fautes avec ménagement; n'exige pas avec rigueur qu'elle te soit soumise.
»Dépose tes secrets dans son sein; ses avis partent du cœur, elle ne te trompera pas; sois-lui fidèlement attaché, car elle est la mère de tes enfants.
»Si les maladies et les souffrances viennent l'assaillir, que ta tendresse soulage son affliction; un regard de sensibilité ou d'amour adoucira sa douleur, ou modérera sa peine, et lui sera d'un plus grand secours que tous les médecins.
»Considère la faiblesse de son être; la délicatesse de ses formes; n'use pas de sévérité avec elle, souviens-toi de tes imperfections.»
Hippothadie dit à Panurge, dans le grand livre de François Rabelais: «Vous, de vostre costé, l'entretiendrez en amitié conjugale, continuerez en preud'hommie, luy monstrerez bon exemple, vivrez pudiquement, chastement, vertueusement en vostre mariage, comme voulez qu'elle de son costé vive.»
Tous ceux qui ont envisagé la question au point de vue pratique, sérieusement et sincèrement, parlent de même. «Vivez avec votre femme dans la plus grande union, dit un magistrat à son fils, au lendemain de la Révolution; ayez pour elle tous les égards, tous les soins qui établissent la confiance et font naître l'intimité. Ne la gênez en rien dans ses goûts; n'usez de l'autorité de mari pour la refuser que dans les cas où elle aurait des volontés dont les conséquences seraient dangereuses; et même alors, n'employez jamais que l'empire de la raison, auquel elle finira nécessairement par céder.»
Un peu auparavant, l'auteur du livre Les Mœurs s'exprimait ainsi: «Qu'un mari qui veut être aimé travaille à s'en rendre digne; qu'après vingt ans il se montre aussi attentif à ne point offenser, qu'au temps où il rechercha sa compagne. On gagne plus à conserver un cœur qu'à le conquérir. L'amour, l'honneur, les soins complaisants perpétuent les douceurs de l'hymen. Qu'il se souvienne donc que si, dans l'accord des deux sons, c'est toujours la basse qui domine, de même, dans un ménage réglé et uni, l'ordre et l'harmonie sont surtout l'effet des mesures sages du mari.»
Et tout cela se résume en cette grave et véridique parole de William Cobbett: «Jamais un mauvais mari n'a été un homme heureux.»