Un Allemand[50] a dit, avec un luxe de comparaisons un peu outré, j'en conviens, mais de nature à faire quelque impression, me semble-t-il, sur l'imagination vive et tendre des femmes: «Le mari et la femme doivent être comme deux flambeaux brûlant ensemble, qui jettent dans la maison une plus vive lumière, ou comme deux fleurs odorantes attachées dans le même bouquet, pour en augmenter le doux parfum, ou comme deux instruments bien accordés qui, en jouant ensemble, font une musique d'autant plus mélodieuse. Le mari et la femme, qu'est-ce, sinon deux sources qui se rencontrent et se mêlent, de façon à ne former qu'un même courant?»
Qu'on ne redoute pas, d'ailleurs, la monotonie que produit la répétition ou la persistance des sentiments, l'ennui, le dégoût qu'amène le cours du temps à travers une existence où les affections ne changent ni de nature ni d'objets. «Il y a des redites pour l'oreille et pour l'esprit; il n'y en a point pour le cœur.» Si l'ironique, le désabusé, le pessimiste Chamfort a dit cela, lui qui se plaisait surtout à sonder le cœur humain dans ses mauvais replis, c'est que la vérité l'y contraignait.
Vieilles amours et vieux tisons
Se rallument en toutes saisons.
déclare un dicton plein du bon sens de nos aïeux.
«Quand on répète, écrivait Jules Simon dans le Devoir, que l'amour est remplacé, à la fin, entre les époux, par une solide amitié, on veut dire seulement que les sens s'apaisent ou s'épuisent: car l'amour conjugal conserve tous les autres caractères de l'amour.»
Et il ajoutait ce que tout ce livre est destiné à affirmer et à prouver: «N'en médisons pas, ne le dédaignons pas. Il n'y a sans lui ni dignité ni bonheur au foyer domestique.»
Le poète[51] le sait bien lorsqu'il esquisse ce riant et touchant tableau:
Vois ces deux époux dont la tête tremble