Nous trouvons dans le Journal de J. Michelet une scène plus humble, mais non moins touchante, et dont la place est naturellement marquée ici. Il s'agit des concierges de la maison qu'il habitait alors, et il rapporte avec émotion ce dont il fut, un soir, le témoin invisible et discret.
«Le mari travaille tout le jour au dehors. Elle, garde la loge, surveille le va-et-vient des locataires, répond aux questions des survenants, soigne le ménage et l'enfant encore trop jeune pour aller à l'école. Ce soir-là donc, le mari me précédait de quelques pas. La nuit tombait. Il entre dans la loge éclairée par un beau feu de cheminée, et jette, avec sa casquette, ce mot bref: «Me voilà!» C'est tout son salut: ni mollesse, ni sensiblerie, et pourtant, que de choses tendres pour les siens, dans ces deux mots: «Me voilà!» Cela voulait dire: «Enfin, je vous retrouve, vous, et ma maison!» Cet homme, évidemment, a connu la tristesse des repas solitaires, ces repas,—j'en sais quelque chose,—où le miel même garderait une saveur amère. On sentait sa joie que ce temps fût passé pour ne plus revenir. L'enfant s'était emparé de ses genoux, et, de ses petites mains, caressait sa rude barbe. Elle, bien plus affinée que lui visiblement, était sa fête. Elle allait et venait de la cheminée à la table. Il y avait de la grâce dans ses moindres mouvements. Cette jolie scène d'intérieur m'a rappelé le vers d'Horace: Mulier pudica exstrua lignis vetustis focum sacrum sub adventum viri lassi.»
Ainsi rien n'égale le contentement de la vie à deux, lorsque les époux, par une étude qui leur doit être chère, par des sacrifices mutuels que l'amour rend faciles et doux, sont arrivés à élaguer les causes d'aigreur et de dissentiment, et se sont fondus l'un dans l'autre jusqu'à réaliser ce qu'il y a de profond dans ce mot, si souvent dit à la légère, être unis.
Un poète délicat a donné avec une grâce pénétrante l'impression de ce sentiment exquis dans un sonnet qui mérite de rester à côté de celui qui a seul fait jusqu'ici surnager le nom de Félix Arvers.
J'avais toujours rêvé le bonheur en ménage,
Comme un port où le cœur, trop longtemps agité,
Vient trouver, à la fin d'un long pèlerinage,
Un dernier jour de calme et de sérénité.
Une femme modeste, à peu près de mon âge,
Et deux petits enfants jouant à son côté;