Là, le jeune homme se trouvait plus en contact avec l’âme de son pays, qui, ailleurs, ne le soutenait pas assez. Et puis, cette route avait quelque similitude avec les tranchées. Il y éprouvait la sensation de se blottir qu’il recherchait pendant la guerre.

L’âme de Pascal était un chemin timide et rude qui se réfugiait dans la nature. Du lierre était suspendu à ses aspérités. Elle n’avait pas d’autres moyens que ce lierre de s’exprimer.

Pour se donner du courage, il essayait de se rappeler le meurtre de Virgile. Plaisir inaccessible. Il se remémorait plus facilement des choses sans importance : achats de bétail, disputes, nuit de noce, nuits d’août pendant lesquelles il allait effacer sur les murs de Maïténa les dessins obscènes de son frère Omer. Elle ne s’en doutait point.

— La sale garce !

Le grand art est de ne pas paraître ce qu’on est. Pascal passait pour une brute. Il le savait. C’était son seul réconfort. Si l’on connaissait sa tendresse, si ses malheureuses pensées intimes devenaient publiques, il n’aurait plus d’autre recours que d’aller se précipiter dans le gave.

Aussi se dévoilait-il rarement. Pourtant, sans s’en apercevoir, il se mit à chanter de toute sa voix la cantilène sentimentale interrompue par l’irruption de Maïténa dans son cœur dévoilé, le jour où il se baignait dans le gave.

É you, plé de tristéso,

Lou coo tout énclablàt,

Én quittán ma méstréso,

Parti désespérát !