Il eut, alors, la sensation qu’il était mort. Il entendait des voix. Et ces voix le dissolvaient, l’enfouissaient, passaient sur lui comme la prière d’un prêtre sur une tombe. Tout à l’heure, tout seul, Pascal avait l’illusion de vivre encore, parce qu’il ne pouvait se comparer à personne. Maintenant il entendait des voix abominables, modulées, et purement humaines.

Sentant qu’il s’enfonçait de plus en plus dans la terre, il fit effort pour en sortir. Il se hissa au-dessus du chemin creux, et se trouva aussitôt dans un petit bois de châtaigniers et de chênes qui le dominait.

La voix de Maïténa tomba sur lui comme un fruit mûr.

— C’est lui !

Elle travaillait là, à quelques pas d’Omer. Omer élaguait des arbres à l’aide d’un coupe-haie, une faucille à long manche. Elle, elle ramassait, armée de deux baguettes, des châtaignes enveloppées de leurs hérissons. Auprès, une « cougeole » neuve, que Jeanty avait tressée pour elle et qu’il lui avait laissée à son départ remplie de fleurs et de petits agneaux, attendait les fruits roux.

Maïténa et Omer accueillirent le bouvier silencieusement. Comme ils l’examinaient, leurs regards passèrent par-dessus sa tête. Ils fichaient un point dans l’espace. Ils s’en approchèrent. Pascal les suivit. Et, sans avoir parlé, il fit partie de leur groupe. Il éprouvait la sensation de ne pas accroître ce groupe et de ne pas l’alourdir mais de lui donner une cohésion et une raison d’être qui lui manquaient avant son arrivée. Il avait l’intuition que les autres personnages causaient de lui sans rien dire. Il devenait insensible à tant d’attentions. Il était habitué à l’attention de Maïténa.

— Du gui sur un chêne !

— Sur un chêne !

— Faut-il qu’elle ait voulu vivre cette graine pour avoir percé une écorce pareille et s’en être nourrie !

Ils s’ébahissaient devant ce viol par la petite plante aérienne de l’arbre le plus magnifique et le plus rude. Un viol aussi singulier et aussi fantastique que celui d’une femme comme Maïténa par un homme comme Pascal.