— Il faut que je l’abatte d’un seul coup, observa-t-il la gorge serrée.
On ne lui répondit pas. Il dirigea ses yeux sur Pascal et Maïténa, et devint fort rouge. Il hésitait à accomplir un acte aussi important.
— Je te remercie pour le drôle, Pascal ! dit la jeune femme très émue. J’irai te remercier tous les jours en portant des fleurs à Virgile.
Cette voix redressa d’un seul coup l’âme et le corps d’Omer. Sa volonté fut jetée avant qu’il eût lancé son outil. Son âme aidait ses épaules. Il tourna brusquement sur soi pour donner de l’élan au coupe-haie. Maï baissa les yeux. Le coupe-haie siffla, traversa l’air et la tête de Pascal, — il y a des crânes tendres, — et se planta dans l’arbre, puis vibra.
— Pauvre branche !
Omer ne sut jamais pourquoi Maïténa prononçait lamentablement ces deux mots tandis que le corps de Pascal tombait sur les fougères. La faucille avait tranché son crâne comme une grenade. Son sang filtrait à travers les feuilles qui le dissimulaient pudiquement.
Le sang de Pascal fut le seul à pleurer Pascal. Pourtant, Omer se désola que Maïténa fût aussi calme. Ne l’aurait-elle pas aimé quoiqu’il eût sauvé son fils ? Elle regardait en effet le corps et l’admirait comme on peut regarder et admirer un bouquet de fleurs fanées.
Omer était inquiet. Depuis que Pascal était mort, l’atmosphère sensuelle qui environnait jusqu’à présent Maïténa Otéguy se dissipait subitement. Elle était aussi belle, mais sa beauté ne débordait plus de son vase, ne rayonnait plus, ne cherchait plus dans l’espace celui qu’il lui fallait, ne risquait plus d’effleurer ni de caresser involontairement des sens sans emploi.
Omer ne savait pas pourquoi son frère était mort ; il ne savait pas comment il était mort ; il ne savait même pas qu’il était mort.
Elle le rassura :