Elle fit quelques pas en avant sur le chemin, le long du mur de clôture.

Sa force allait donc avoir une autre raison d’être que les travaux du ménage et des champs. Elle était faite pour vivre ardemment. Elle ne recherchait pas trop s’il était vrai qu’elle eût à se venger. Elle se demanda même, un instant, si elle ne se félicitait pas de la mort de son mari qui lui permettait une récréation aussi vigoureuse. Mais cette idée lui fit horreur. Et comme ses gestes accompagnaient souvent ses pensées, elle se retourna vivement pour la chasser.

Elle avait passé l’angle de sa maison et son mouvement dirigea son regard vers un homme immobile, profondément absorbé devant la lucarne de sa cuisine.

Dans un pays où les distractions sont rares, voilà un bon spectacle : une belle femme surprise. Elle s’approcha silencieusement de son admirateur inconnu. Il la vit brusquement, lorsque sa poitrine le toucha et qu’il sentit sa chaleur. Mais il avait besoin d’un plaisir plus raffiné que quelques reproches. Il s’enfuit en ayant bien soin de cacher sa figure pour qu’elle ne le reconnût pas.

Elle rentra ; et, pour la première fois, prudente, elle ferma soigneusement la lucarne de peur qu’on ne la vît, la tête dans sa main, veiller toute la nuit, chose indécente.

IV

L’aube sonna et nettoya le ciel. Il ne pleuvait plus. Le vent cessait. Une fauvette certifiait le beau temps.

Maïténa Otéguy qui n’avait pas dormi parut sur sa porte et reconnut la terre.

En face d’elle, le bourg piquait un mamelon de maisons basses aux tuiles brunâtres et mélancoliques qui couvraient des toits très aigus retroussés légèrement à un mètre du sol.

Ce bourg ressemblait à un chapeau de moine fortement rapiécé. Le clocher en formait la pointe. Le moine avait quelques arbres dans les cheveux et, entre autres, les cyprès du cimetière. Parmi ces derniers, Maïténa Otéguy avait son préféré ; c’était celui contre lequel dormait Virgile.