Derrière le clocher, le chapeau, et Virgile, les collines montaient jusqu’aux Pyrénées par talus successifs. Les montagnes sortaient douillettement de leur couverture de neige. Et, par-dessus, menacé par la molaire énorme du pic du Midi d’Ossau, le ciel bleu comme l’eau d’un torrent ruisselait vers les yeux de Maïténa où il venait se solidifier.

La jeune femme n’avait pas peur de regarder le soleil et la mère de ce dernier : la colline qui suit la route de Pau. La pente de cette colline était entièrement divisée par des carrés de vignes encore inertes, — le mois de mars finissait. — Le plus beau de ces carrés, — Maïténa le trouvait beau quoiqu’il n’eût encore aucune végétation et que les sarments fussent ascétiques et secs comme des fils de fer, — avait été planté par son mari avec les meilleurs cépages béarnais : le mansenc, le courbu et le cruchén.

Les plantes, les arbres dépouillés, et même les maisons, toutes les choses qui avaient été flétries par la tempête, anéanties par la nuit, semblaient s’épanouir et ressusciter sous le ciel. La nature n’avait pas besoin de Maï. Elle chantait toute seule sa joie, joie mièvre et éclatante, des chants de la basse-cour aux cris des bouviers qui sortaient tout près de la jeune femme ou du fond de l’horizon et se répercutaient aiguisés sur les rochers ou fondus dans l’eau du gave.

Maïténa sentait très bien en elle la montée de la sève, et ça la faisait réfléchir à celle de sa vigne.

« Elle va pousser, la malheureuse. Et elle n’a pas encore traversé la saison des gelées ! »

Aussi, décida-t-elle d’envoyer la gouge et le valet attacher les plants délicats. Pour se donner de l’autorité elle avait pris l’habitude de commander en criant, le corps bien redressé et les bras collés aux hanches.

La gouge était une jeune fille sale et tuberculeuse que la santé de sa maîtresse écrasait. Plus celle-ci se tenait droite, plus l’autre marchait courbée, attitude prise en piochant la terre.

Maï se réservait les travaux trop durs du ménage, et envoyait tous les jours sa servante au grand air.

Quand elle eut préparé son fils pour l’école, elle partit à son tour pour la vigne. Elle marchait vite.

Elle avait, d’un côté, sa colline où la végétation sommeillait, et, de l’autre, un ruisseau étroit et profond qui venait en droite ligne de la montagne. Un peu plus haut, ce ruisseau roulait sur les roches noires son eau infiniment virginale, pureté ennemie de la chaleur et que les glaciers seuls peuvent engendrer.