Ici, on l’appelait toujours « le gave », quoiqu’il n’eût plus autant d’allure. Sa couleur, enrichie durant la belle saison par les feuillages et les fruits tombant dans son cours, était présentement rougie par la terre. La pluie de la nuit le gonflait jusqu’au ras du chemin.
La femme, qui marchait la tête basse, quoique la colline l’abritât du soleil, s’arrêta. En face d’elle, un arbre était tombé à travers le ruisseau, et le forçait à mille frémissements inutiles. L’eau violée envahissait le chemin. Maïténa préférait être écorchée que de voir souffrir les choses. Et, devant ce spectacle bruyant, elle s’apercevait qu’elle comprenait le langage de la nature comme d’autres comprennent le langage des bêtes.
— C’est de l’autre côté du chemin que le Virgile est tombé.
Elle crut d’abord entendre la suite de sa conversation avec le ruisseau ; pourtant, très vite, elle se retourna.
Un grand garçon la regardait. Il lui montrait le fossé, et il insistait :
— C’est là même !
Elle ne lui répondit pas. Elle le considérait avec étonnement comme s’il se casait mal parmi ses rêveries. C’était un garçon gros et sanguin, de figure niaise. Son front était prodigieusement étroit et son menton prodigieusement osseux. La partie la plus remarquable de sa tête, les oreilles, des cartilages rouges et gras, s’évasaient et végétaient.
— C’est toi, Omer ! dit-elle cordialement et en se remettant à marcher.
— Je viens te chercher pour mon frère, lui répondit l’autre. Il a besoin de ta poudre. Il s’est rôti le pied en faisant sauter un tronc d’arbre. Il a besoin de ta poudre.
Un flot de sang inonda le visage de Maï. Comme elle baissait la tête pour que son regard ne fût pas aperçu du jeune homme, celui-ci s’imagina qu’elle était troublée d’être seule avec lui.