Elle arriva chez elle où elle prit, dans un coin de la cheminée près du four, un sachet plein de cendres d’herbes bénies le jour de la Saint Jean. Elle se chargeait tous les ans de les conserver pour guérir les blessures.

Quand elle entra chez Pascal Jouanou, celui-ci était dans son lit au fond de la cuisine. A sa vue, il se dressa sur ses draps ; et il regarda désespérément vers la porte.

— On ne t’avait pas prévenu qu’on allait me chercher, remarqua-t-elle.

V

Mieulx m’eust valu avoir esté crier ailleurs secours.

François Villon (Ballade de Villon à s’amye)

Elle riait d’un air bon enfant et ce rire finit par le ranimer.

— Si fait ! Et c’est moi qui ai pensé aux cendres ! Mais tu ne ressembles plus à ce que tu étais hier, Maïténa. Tu m’as fait peur en entrant. Je ne sais pas pourquoi. Jetterais-tu des sorts ?

Il aurait voulu rire comme elle ; mais il frissonna longuement.

Cette prostration de Pascal désarmait la jeune veuve. En l’apercevant de la route, elle avait eu un vertige et ses yeux s’étaient portés automatiquement sur la barre du foyer, une lourde tige de fer qui servait à faire des trous dans les terrains difficiles et qui pouvait bien, à la rigueur, assommer un homme. Maintenant, son cœur ralentissait, son sang refroidissait et elle examinait Pascal avec mépris.

Celui-ci rivait ses yeux sur ceux de Maïténa. Il semblait qu’elle le fascinât.