— Mais réponds-moi donc ! Que devient le petit ? Et le verger ? Tu es bien bonne d’être venue. J’étais seul. J’ai appelé mon frère ; et il ne voulait pas aller te chercher. L’Ambrosine est depuis ce matin chez le sandalier. Pendant ce temps, comme on ne peut pas labourer par cette boue, j’ai voulu faire sauter une vieille souche de chêne. Regarde ce que je me suis fait avec la poudre.
Il rejeta brusquement ses draps pour lui montrer son pied blessé. Celui-ci était parsemé de taches noirâtres et tuméfié horriblement.
Maïténa recouvrit les jambes, toucha le poignet de Pascal et se rendit compte qu’il avait une grosse fièvre.
— Tu as chaud ! C’est sans doute ce qui te donne le délire. Tu ne m’as jamais parlé ainsi. Serais-tu amoureux ?
Elle le considérait ironiquement. Si elle ne l’avait su déjà, elle aurait appris qu’il n’était pas amoureux d’elle en penchant son joli corps sur le sien. Sa peau, ses formes délicates mais bien sorties, une démarche molle et musclée, — apanage de la femme basque, — et qui provoquaient des poussées de sensualité sur son passage, ne troublaient pas Pascal. Sans sa vengeance à assouvir, cette indifférence le lui aurait rendu sympathique. Elle ne comprenait point qu’elle pût créer des désirs puisqu’elle n’en contenait pas. Ils ne lui faisaient plus honte comme dans les premiers temps de son veuvage, mais ils la gênaient toujours.
Pascal eut un accès de fièvre plus violent.
— Tu comprends ! Tu ressembles à ton mari, Maïténa !
Elle ne répondit pas ; elle lui versa avec une grande douceur les cendres bénies sur le pied malade, puis les étala de la paume de la main.
— Alors, ce n’est pas toi qui viens, la nuit, à la lucarne de ma cuisine, faire le jeune homme ?
Il manifesta, cette fois-ci, quelque stupeur. Il ne la feignait pas. Mais il n’était capable ni de rire ni de se fâcher.