— Tu sais bien que tu es courtisée et que, moi, je n’aime encore personne.

— Tu as tort ! Si tu avais été occupé à une amourette, tu n’aurais peut-être pas été un assassin, remarqua-t-elle très simplement.

Il avait l’intelligence un peu ralentie par le climat sédatif du Béarn, et il chercha, un instant, à comprendre ce qu’elle voulait dire.

— Pourquoi donc ? demanda-t-il enfin.

— Mais parce que tu n’aurais pas tué Virgile, répondit-elle aussi naturellement que possible en continuant à lui soigner le pied.

La tête de Pascal Jouanou au repos ressemblait à celle de saint Jean-Baptiste que Salomé tenait sur un plat. Mais il ne portait pas de barbe. Il était propre. Après une enfance malheureuse, il avait pris l’habitude de fermer souvent les yeux pour accepter ou pour éviter les coups, habitude à laquelle il devait des paupières lourdes au mouvement timide et non sans charme. Il aimait aussi à dissimuler ses idées profondément pour ne pas les laisser détériorer. Des paupières protégeaient ses yeux. Et des cheveux volontairement désordonnés protégeaient le logement de ses idées comme des fils barbelés.

— Comment l’aurais-je tué ? fit-il en rougissant.

— D’un coup de hache sur le front, entre le fossé et les bœufs. N’as-tu pas essayé, une fois, de tuer ton père ?

Il ne releva pas tout de suite la seconde accusation.

— Ne crois pas cela, Maï, j’aimais ton Virgile. Je n’aurais pas voulu, pour tout au monde, lui faire du mal. Nous étions toujours ensemble. Nous nous disions toutes nos affaires. Quand il était jeune homme, c’est moi qui lui fis connaître qu’il était amoureux de toi. Je l’ai forcé à aller te demander. Il n’osait pas. On s’entendait bien. Je l’ai pleuré. Je suis venu t’aider à soigner la terre. Et, pour récompense, tu viens, aujourd’hui, me dire que j’ai tué !