— Le mien devient tout triste ! On dirait qu’il fait de la philosophie, ce monsieur. Tantôt, je le surprends à parler tout seul. Tantôt, il se met à pleurer d’une manière que je ne comprends pas. Il était plus vaillant quand nous étions chez le vieux !
— Pourquoi n’y revenez-vous pas ? Nous serions voisins, suggérait la basquaise.
— J’y ai déjà pensé, ma pauvre ! Mais il ne veut rien entendre.
Le soir même, ces propos furent rapportés au père Ourtic. S’il n’avait été maître de soi, il aurait remarqué :
« Fainéant, va ! après ce que j’ai fait pour lui ! »
Mais il ne sortit pas de sa réserve indulgente. Un sourire silencieux plissa doucement sa lèvre mince ; et il jugea avec bonhomie :
— Il est jeune. Ça lui fait peut-être du bien de changer d’air ! Je ne lui en veux pas.
Il regardait gravement, du pas de sa porte, le champ inculte de Pascal, en évaluant la faible distance qui séparait cette pièce de la maison de Maïténa. Le vieillard renouvelait souvent cette contemplation et ce calcul. Ils le consolaient un peu de ne pouvoir faire labourer ses propres terres.
Depuis le départ de son gendre, il ne trouvait pas de valet pour le remplacer. La crise de la main-d’œuvre sévissait fortement en Béarn. Tous les jours, un jeune homme nouveau s’en allait vers la ville. Là, il aurait le cinéma ; il ne se lèverait plus à quatre heures du matin pour soigner les bœufs qui mangent pendant deux heures avant de boire ; et il pourrait s’amuser le dimanche.
Le dimanche, Pascal, lui, ne s’amusait point. C’était le jour que sa femme choisissait pour aller retrouver Maïténa.