Et puis, elle l’attirait dans sa métairie. Elle avait fait la veille à son intention un « pastis bourrit » ou un pâté feuilleté ; et, dès qu’elle était là, elle extrayait les meilleures bouteilles du caveau pour la recevoir dignement.
Pascal n’osait rien dire puisqu’il s’agissait de Maï ; mais, ces jours-là, il fuyait.
Il fuyait. Il allait droit devant soi. Et, quand il finissait par être assez fatigué pour s’arrêter, il choisissait une lande bien isolée et s’étendait au milieu des fougères. Il ne dormait pas ; son cœur se détraquait dès qu’un lézard agitait les feuilles mortes ; et il répétait tout haut, comme si elle allait apparaître :
— Non, ce n’est pas moi ! Je me vantais, voyons ! Celui qui l’a assommé, c’est le Jean Brocs qu’on a enterré, mardi-a-fait-quinze-jours ! Je l’ai vu tuer ! Oui, c’est vrai, je l’ai vu ; mais c’est tout ce que j’ai fait ! Laisse-moi ! Laisse-moi, femme !
Il attendait que la nuit fût tombée pour rentrer. Il s’approchait prudemment de sa maison. Il écoutait longtemps et repartait au moindre bruit suspect.
Sa femme l’accueillait en murmurant :
— Tu as bien couru ! Tu es content qu’il n’y ait plus personne ! Sauvage que tu es !
Elle n’insistait point. Elle n’était pas fâchée d’avoir ses coudées libres tous les dimanches.
Elle s’apercevait lentement qu’il évitait la veuve et qu’elle ne risquait pas de le voir revenir à l’improviste quand cette dernière se trouvait là. Elle se souciait peu de la cause de cet éloignement. Il lui suffisait de savoir qu’elle-même ne participait pas à ce mystère. Le mystère inquiète rarement ceux qui touchent de trop près ses acteurs. Ambrosine accusa simplement son mari de détraquement cérébral. Elle fuit par ce moyen les scrupules inutiles et les recherches dangereuses.
— Ce n’est plus un homme !