Il n’en fut pas de même pour Pascal et Ambrosine. L’opprobre s’appesantit sur eux, tout d’un coup. Une nuit, ils furent réveillés par des hurlements et par des sonneries de cors de chasse. Et ils assistèrent à leur charivari.

Pascal vint suivre patiemment, derrière un contre-vent bien clos, les couplets orduriers composés sur ses complaisances. Quant à Ambrosine, elle saisit d’abord un vieux fusil, et puis se recoucha découragée en reconnaissant parmi les cris injurieux les voix de quelques-uns de ses amants.

Le lendemain, chose plus ignominieuse parce qu’elle s’étalait à la lumière, une traînée de plumes d’oie avait couvert la route depuis leur porte jusqu’à celle d’Osmin Laloubère, favori éphémère d’Ambrosine.

Les jours suivants, la couche de plumes diminua régulièrement d’épaisseur. Pascal passait ses nuits à les enlever.

— L’Ambrosine aura de quoi refaire ses paillasses ! criait-on au lavoir.

Le vieil Ourtic vint dire à Maï la joie que lui causait l’humiliation de son gendre. Elle ne lui laissa pas voir, en échange, ce qu’elle ressentait. Mais la dissimulation fut une chose difficile devant un homme aussi perspicace.

— Tu peux bien me dire que tu es contente, toi qui l’as voulu comme ça !

Elle n’avouait ses secrètes pensées qu’en face du cyprès, là-bas, au sommet de la colline, et silencieusement.

Un dimanche soir, sortie de la ferme chaude, elle suivait le petit sentier et elle arrivait près de son but. Elle était toute seule dans ce coin inhabité du village. Les portes de l’église venaient d’être fermées. Le vent, l’air lui-même, semblaient absents et ne faisaient bruire aucune feuille. Seulement, la petite église paraissait tragique à Maïténa à cause de la couleur de ses piliers de soutien rouges comme du sang séché, couleur étonnante, commune aux pierres du pays, et qu’un archiviste local attribuait victorieusement au sac et à l’incendie de l’église par Jeanne d’Albret, pendant les guerres de religion. Cette idée et quelques autres du même genre valaient au bonhomme d’inspirer autour de lui une frayeur dont il se montrait fier.

Maï quittait des yeux ces pierres qui se mêlaient à son rêve et l’alimentaient solidement, lorsqu’elle poussa un grand cri.